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Cet enfant là, le petit dernier, était différent. Son retard de langage déjà. A trois ans passé, il ne parlait pas. Et puis c'est venu mais quand on demandait son nom, il répondait: « Chel L'enfoui », pareil à ce « charbovary » décrit par Flaubert.
Alors, pour m'amuser, je trouvais bon d'ajouter: « Chel L'enfoui dans la terre »
Il a fallu du temps avant de réaliser, longtemps après sa disparition....
De quel savoir sont porteurs les enfants, tendus de leurs petites forces vers l'inouï, ce je ne sais quoi trop souvent obscurci par les soucis, graves ou futiles, de l'âge adulte?
Que ce cadet ne pourrait vivre au delà de huit ans, était il possible de le pressentir? Et lui, que connaissait il de sa destinée? Plus qu'on ne saurait dire comme en témoigne ce rêve qu'il conta à ma mère.
Psychogénéalogie. De quel nom barbare cela se nomme t-il aujourd'hui?
Il avait suffi d'un détour par la psychanalyse, ces rêves récurrents où je cherchais en vain un refuge où me terrer pour échapper à un poursuivant, toujours présent, toujours invisible.
« Les parents ont mangé les raisins trop verts et leurs enfants en auront les dents agacées... »
C'était des trous bien réels et bien profonds que creusaient notre père, sous la maison, derrière la maison... comme si jamais il n'y en avait assez. Pour chercher des sources, conserver son vin,sa « goutte » ou cacher les armes de la dernière guerre. « on ne sait jamais.... »
Autrefois, pour échapper à l'occupant nazi, il avait fallu les trouver, ces cachettes secrètes. Depuis il continuait. Mais était ce bien tout?
Son propre père, mon grand père, avait lui aussi survécu à une guerre. Il était revenu des tranchées. Dans quel état. Ses poumons sifflaient, il avait perdu l'usage de la parole, conservant dans une crypte des souvenirs dont j'ai découvert bien tard toute la douleur. L'horreur aussi.
De lui me reste le souvenir d'un homme très doux, très bon, auquel j'étais profondément attachée.
« Une génération s'en va, une génération arrive, et la terre subsiste toujours ». Ainsi parle le livre de l'Ecclésiaste »
Ainsi, à la soixantaine, se découvre une perspective autre, un avant nous, un après nous, cinq générations qui se succèdent.
Et subsiste entre elles comme un fil rouge, des signifiants qui sans cesse remettent en travail la trame de la vie... et la nouent de points invisibles.
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