Réseau d'aide aux enfants en difficulté
Chroniques des derniers jours
Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /Fév /2009 11:20

Hier, à partir d’un simple texte, version bougon, se sont levées beaucoup d’interrogations.


« - Qu’est-ce que c’est une vache ? »

Cette question dans les tests de QI (quotient intellectuel), un psychologue peut la répéter jusqu’à un millier de fois face à des enfants  défaits. Modèle question-réponse, utilisé comme trame de plusieurs épreuves.


Mais aussi essence même de la pédagogie :


Quelqu’un, un maître, interroge des élèves. Rôles distribués d’emblée, sans surprise, chacun connaît sa place.

Lui détient le savoir.

Eux, dans leur majorité, vont accepter les règles d’un jeu qui se répètera infiniment. A l’identique.

Et les autres ?

Une simple question d’écart entre deux perspectives ? Les autres, écrasés par l’infinie distance entre un adulte trop puissant et leur pauvre monde, soumis à des lois opaques, souvent cruelles. Des codes étrangers, interdits de séjour à l’école.


Ainsi Nine, incontrôlable. A fleur de peau. Une révoltée, dont l’explosion semblait toujours imminente. Et qui vous le faisait savoir tout de suite. Elle avait pourtant accepté la situation de tests. C’est qu’on a du métier, on sait faire, même avec les plus récalcitrants n’est-ce pas ?

Jusqu’à la question fatidique :

« - Nine, qu’est-ce qu’une vache ? »

Trop occupée à survivre, elle n’avait pas appris. On ne partageait pas le même monde..

Il y eut d’abord ce regard.

Blessé. Plein de colère.

Elle ne m’a pas jeté le matériel à la figure. Elle en avait envie pourtant. Trop affamée peut être, un peu d’attention, c’est rare, il faut la préserver.

 Une vache ? Est-ce qu’un jour ce serait pour elle « un mammifère qui donne du lait » ?

Cette fois là, elle a reçu la question comme une provocation, une insulte même. L’effort pour donner, malgré tout, une réponse, fut si intense qu’elle dérapa dans quelque chose d’incohérent. Score 0, la question suivante ne fut guère plus probante, son trouble persistait. Epreuves échouées. A ce compte là, on se retrouve bientôt déficient.


Hier, en écrivant, quelques mots très doux, très simples, voletaient entre les lignes.

« Eloge de la caresse » de M.A Ouaknin

Sous titre d’un essai intitulé «  Lire aux éclats ».

Mais c’est toute la pensée déployée par l’auteur qu’il faudrait lire à la trace. Une question renvoie à une autre question, un sens  à un autre sens, dans un infini déploiement au creux duquel l’homme se transforme et s’invente à mesure.

Le savoir, non pas crispation sur la prison d’une forme achevée, définitive (la fameuse bonne réponse des écoliers trop parfaits, réponse mortifère par sa clôture même), mais interrogation ouverte, à l’infini, en attente et riche déjà de toutes les gestations à venir.

D’un sens l’autre. D’une réponse l’autre. « D’un château l’autre » écrivait L.F. Céline, en un titre qui me semblait toujours énigmatique.

Par josephine
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