Cette montagne vosgienne est douée de magie.
Les touristes ont déserté, ne restent sur les sentiers que quelques randonneurs aux tempes argentées. Partout, dans la paix des sous bois moussus, s'alignent les petites têtes multicolores des champignons. Cette année, la nature sera généreuse, bonne la récolte.
Plus que tout autre, cette ligne de crête, ancienne frontière entre deux pays belligérants demeure labourée de cicatrices. Sur son versant est, la sombre mémoire du Struthof, camp de la mort dont Boris, mon ami slovène, décrit la tragédie.
Comme si la première guerre n'avait pas suffi à enseigner la sagesse, celle de nos anciens, soutenus par l'espérance d'un « plus jamais ça ».
Vieil Armand, cimetière du Linge, autres combats, autres lieux de mémoire. Pourquoi avoir choisi aujourd'hui ce tracé qui relie le cimetière Duchesne à l'étang du Devin? Un parcours facile, sans embûches pour le randonneur moyen mais suivant ce qui fut autrefois ligne de front. Rails tachés de rouille, trous d'obus envahis par la végétation, anciennes casemates. Des tombes, encore des tombes, des hommes, tous jeunes, timides ou qui riaient fort, aimés de leurs amoureuses, avec des mères en larmes et des soeurs, des enfants qui grandiraient sans père et ceux qui revenaient méchants comme le franc tireur, mon autre grand père, intelligent, courageux et sans scrupules?
Quatre ans, cinq peut être, tandis que sifflait la mitraille, enterrés ainsi, dans ces trous infâmes, avant la boue des cimetières où s'alignent les croix, encore et encore.... de la boue, toujours, sous les godillots et dans les gamelles, partout, l'homme Adama, façonné de terre, une terre qui l'aspire et lui mange la chair....
Au Rocher Noir, nous avons sorti le pique nique à côté du vieux blockhaus envahi par les épilobes. Là où les trous des meurtrières crachaient autrefois le feu noir des mitrailleuses.
Paix.
L'air était doux. Trois mésanges charbonnières (encore elles?) dansaient au long des branches rouges d'un sorbier.
Cet enfant là, le petit dernier, était différent. Son retard de langage déjà. A trois ans passé, il ne parlait pas. Et puis c'est venu mais quand on demandait son nom, il répondait: « Chel L'enfoui », pareil à ce « charbovary » décrit par Flaubert.
Alors, pour m'amuser, je trouvais bon d'ajouter: « Chel L'enfoui dans la terre »
Il a fallu du temps avant de réaliser, longtemps après sa disparition....
De quel savoir sont porteurs les enfants, tendus de leurs petites forces vers l'inouï, ce je ne sais quoi trop souvent obscurci par les soucis, graves ou futiles, de l'âge adulte?
Que ce cadet ne pourrait vivre au delà de huit ans, était il possible de le pressentir? Et lui, que connaissait il de sa destinée? Plus qu'on ne saurait dire comme en témoigne ce rêve qu'il conta à ma mère.
Psychogénéalogie. De quel nom barbare cela se nomme t-il aujourd'hui?
Il avait suffi d'un détour par la psychanalyse, ces rêves récurrents où je cherchais en vain un refuge où me terrer pour échapper à un poursuivant, toujours présent, toujours invisible.
« Les parents ont mangé les raisins trop verts et leurs enfants en auront les dents agacées... »
C'était des trous bien réels et bien profonds que creusaient notre père, sous la maison, derrière la maison... comme si jamais il n'y en avait assez. Pour chercher des sources, conserver son vin,sa « goutte » ou cacher les armes de la dernière guerre. « on ne sait jamais.... »
Autrefois, pour échapper à l'occupant nazi, il avait fallu les trouver, ces cachettes secrètes. Depuis il continuait. Mais était ce bien tout?
Son propre père, mon grand père, avait lui aussi survécu à une guerre. Il était revenu des tranchées. Dans quel état. Ses poumons sifflaient, il avait perdu l'usage de la parole, conservant dans une crypte des souvenirs dont j'ai découvert bien tard toute la douleur. L'horreur aussi.
De lui me reste le souvenir d'un homme très doux, très bon, auquel j'étais profondément attachée.
« Une génération s'en va, une génération arrive, et la terre subsiste toujours ». Ainsi parle le livre de l'Ecclésiaste »
Ainsi, à la soixantaine, se découvre une perspective autre, un avant nous, un après nous, cinq générations qui se succèdent.
Et subsiste entre elles comme un fil rouge, des signifiants qui sans cesse remettent en travail la trame de la vie... et la nouent de points invisibles.
A chaque fois, le regard des autres nous restitue une part ignorée. Il rend plus spacieux notre mode d'être à l'existence en nous remettant des parcelles de vie méconnues. Ou bien oubliées.
Ainsi, il importe que ce regard soit chargé de bienveillance. Ou qu'arrivés à l'âge adulte, celui où l'on n'est plus un enfant exposé, l'on sache s'entourer de ces êtres emplis de bonté.
Ils sont aisés à reconnaître.....
Il en est ainsi des retrouvailles avec ceux qui possèdent une part de notre mémoire, camarades et amies de lycée, compagnons appartenant à la même « classe », cette coutume des campagnes où naître la même année implique des liens qui perdurent jusqu'à la fin d'une existence...
« - Je me rappelle en seconde, tu as tout à coup fondu en larmes parce qu'on coupait les arbres derrière le lycée. Je me disais, tout de même, elle exagère, un tel chagrin pour des arbres.... » me disait Maïthé.
Pleurer pour des arbres que l'on abat, je l'avais oublié....
Elle l'ignorait alors, et peut être l'ignorais-je aussi?
Ce n'était pas les arbres.... Bien qu'un arbre en train de s'effrondrer, la vie en craquement sinistre...
Cela, à présent, nous le savions toutes deux. D'ailleurs, à l'époque où nous étions si unies, n'était -ce pas dans la prémonition que nous connaîtrions, à l'aube de l'adolescence, un arrachement semblable, celui d'un deuil toujours trop précoce?
Ce fut mon frère d'abord, un enfant, qui criait sa douleur et son effroi la nuit...
Puis le père de Maïthé. Cancer, déjà ce mal sournois, inexorable....
La mort de mon frère, il me fut impossible de la pleurer.
Le chagrin est venu, un an plus tard, à la disparition de mon grand père. Mon grand père.
Une identique solitude.
A l'époque, la vie était si dure, on ignorait la peine des enfants.
Mais les arbres?
IDe temps très anciens, me sont revenus quelques vers:
" Ecoutes bûcheron, arrête un peu le bras
Ne vois tu pas le sang lequel dégoûte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la rude écorce?"
Dans les couloirs, derrière chaque porte, s'élèvent les chants des offices. La messe du dimanche, celle où on allait souvent le dimanche, lorsqu'on était encore valide.
C'est une petite maison de retraite, au coeur du village où sont nés les résidents. Pour la plupart.
Aujourd'hui, la salle à manger a pris des airs de fête avec ce soleil automnal, tout doré, qui danse autour des tables mises pour le repas.
Au fond de la salle, le téléviseur et autour trois fauteuils roulants, trois femmes, les moins valides. L'une est ma mère, elle a pour m'accueillir ce beau sourire que je pensais ne jamais revoir. Il n'est point besoin de paroles, quelques mots chuchotés, beaucoup de silences.....
« - Alors cela s'est bien passé hier? Vos retrouvailles? Tu as revu Maïthé, l'amie de ta jeunesse? Vous étiez inséparables.... »
Et elle ajoute comme pour elle même:
« - Elle avait gardé sa mère âgée à la maison. »
En ces âpres journées où doucement tu t'étioles, comme tu aurais aimé être entourée des tiens, cette douceur qui te manque...
« - Tu sais, cela n'a pas été toujours facile. »
Il n'est pas besoin d'insister davantage. Toi qui lors de la mort de mon père, le lendemain même, nous a dit que tu allais quitter la maison et vivre désormais en maison de retraite. Prenant ainsi les devants, déchargeant tes enfants d'une décision difficile...
Quelle paix dans les chants ce dimanche. A la télévision, des moines, jeunes ou vieux sont rassemblés et célèbrent l'office enregistré à l'abbaye de Solesmes....
« - C'est beau!
- Oui c'est beau le grégorien... »
Mais tout à coup, la beauté se déplace, comme en miroir. Derrière la vitre trois mésanges curieuses semblent contempler ces vieilles dames dont la vulnérabilité les rend dépendantes, tandis que sur l'écran se recueillent des moines pareillement encapuchonnés de noir.
Et soudain s'élève une gerbe d'oiseaux, qui caressent le ciel de leurs ailes grand ouvertes....
Cela faisait bien un an qu’on en parlait, qu’on tchatchait sur internet. Et puis les coups de téléphone, les courriers, certaines avaient pris les devants, allez on se voit pour un petit café, après toutes ces années, on ne va pas attendre davantage. Et le petit café s’était transformé en repas improvisé, dehors, sur la terrasse d’une vieille ferme restaurée. On avait tant à se dire. Le travail, les maris, tiens ils avaient l’air de s’entendre. Et les enfants ? Des petits enfants ? Le mien justement était là, qui s’occupait gentiment, lui d’ordinaire un peu accaparant. (Il ne faut pas déranger Nanny, elle vient de retrouver une vieille copine de lycée.)
C’était Danielle qui autrefois avait eu l’idée, elle qui nous déridait toujours avec sa fantaisie et sa vive imagination. C’était.... c’était voici plus de 40ans, à l’époque ce n’était pas ordinaire, « copains d’avant » et autres n’existaient pas. Ainsi, nous étions précurseurs :
« - Dites les filles, il faudrait qu’on se retrouve dans 2O ou 30 ans devant le bahut, on viendrait avec nos maris
- Et nos amants, il ne faudra pas oublier nos amants ! "avait aussitôt ajouté Monique…
Et bien voilà, c’était fait. Pour les amants, on avait finalement renoncé, cette seule pensée avait l'air de réjouir Danielle :
« Les amants ? Cela ferait bien trop de monde…. »
Et on s’était retrouvées, sans les amants mais avec quelques maris courageux, devant les portes du lycée où nous avions étudié de la seconde à la terminale, internes ou demi pensionnaires.
Le lycée, nous l’avons visité et n’avons rien reconnu. Il faut dire qu’il avait pris des couleurs. Il était devenu beau. Avant, il était gris et grise la vie des jeunes pensionnaires. En ce temps là, il fallait inventer, toujours inventer, ce qui apporterait vie et couleur dans une discipline trop rigide. Des couleurs autres, plus éclatantes que les pâles bleu ou rose des blouses à manches longues que nous portions en alternance. Inventer, certaines y excellaient comme elles excellaient à nous faire rire. Cela, il faudrait le raconter, une autre fois peut être. Et tant d’autres choses encore. Graves ou légères.
Alors, voyons plutôt la recette du délicieux punch que Dominique avait préparé pour nos retrouvailles:
"Une mesure de Pulco
Une mesure de sucre de canne
Une mesure d’eau de vie de mirabelle
Trois mesures d’eau minérale qui fait pschitt, j’ai oublié le nom, normal quand on a l’âge de retraitée."
Après, on avait du mal à se quitter alors on est tous allé chez Christiane avec les maris mais pas les amants et on a bu du thé.
Et bien, il en sera ainsi. Puisque Dominique l’a demandé….
Depuis quelques mois déjà, je n’écrivais plus. Toujours cette même pensée, écrire, mais pourquoi ? Pour qui ? Cela en vaut-il la peine ? Ces petites lignes, timides mélodies des temps ordinaires, présentent-elles un intérêt ?
L’année dernière déjà, après le long silence des vacances, c’est Marie Hélène qui m’avait gentiment contrainte à abandonner cette propension à douter, prétexte à ne rien faire.
« - Et bien Joséphine ? Et ta petite chronique ? Elle me manque car j’aimais la découvrir… »
Ainsi je m’étais remise à la tâche.
Cette année pourtant, ah, cette année, je le tenais mon prétexte, tout beau, tout chaud. Ecrire à propos de mon travail en RASED dans les chaudes cités de Seine Saint Denis ? Mais non voyons, pas question, je suis en ….. retraite, oui, la retraite, la vraie, la belle, celle dont on cause tous les jours dans le poste, qui envoie les foules dans la rue et pour les beaux yeux de laquelle s’arrêtent les trains.
Et bien, m’y voilà, heureuse privilégiée. Fini le RASED et les glauques aventures de banlieue. La retraite existe, même si ces derniers temps on finirait par en douter.
La preuve, j’y suis !
Et alors, c’est comment ?
Et bien, la retraite, il faut la défendre. Après toutes ces années de labeur, c’est… c’est cette pression toute fraîche, dans un verre embué, la première gorgée doucement savourée, qui récompense les efforts de la marche.
Sommet du Hohneck, 1362 mètres, au loin les Alpes Suisse et puis cette incomparable lumière d’un début d’automne.
« - Quinze heures, on devrait être au travail…
C’est incroyable, cela te manque ?
Penses tu… Quelle chance, mais quelle chance est la nôtre, ici, dans ce paysage, toute cette beauté. Pour nous....»
« - Tu te rappelles, quand tu étais en maternelle et que je venais te voir dans la classe ? »
Matthieu se redresse, un léger mouvement, à peine perceptible. Une ombre de sourire efface un instant la tristesse du regard…
Oui, M athieu se souvient. C’est à présent un gaillard qui me dépasse d’une tête. En maternelle ? Il n’osait bouger, ne participait à rien. Et puis, peu à peu apprivoisé, il commençait à s’animer, révélait son intelligence.
J’avais alerté l’assistante sociale, la PMI. Une visite au domicile les avaient effarées. Cinq, dont un bébé, dans une seule pièce insalubre où s’entassaient les immondices. Mère abîmée dans la dépression, père épris de boisson.
Cela n’avait pas empêché Mathieu d’apprendre. A l’école, on vous parlait gentiment. On était prévisible. On vous aidait aussi quand cela devenait trop difficile.
Justement, cela devenait trop difficile.
« - Mathieu a complètement baissé les bras. Il ne fait plus rien en classe. Et il devient violent avec les autres…. s’inquiétait l’enseignante.
Dans mon bureau, Mathieu raconte, raconte. La violence, les coups.
« - Quand il battait ma mère, je me sauvais avec les petits. Chez la voisine…. Mais des fois, il nous battait aussi et même mon petit frère…. »
Sans qu’il y prenne garde, son corps accompagne les paroles, épaules qui se soulèvent, échine basse… Un enfant battu.
Et puis soudain, à nouveau il se redresse, reprend confiance. Le père est en prison….
J’ai contacté l’assistante sociale. Ce n’était plus la même. Celle là avait l’air de s’en fiche.
Ou alors elle était débordée par l’afflux de vies douloureuses ?

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Dés le plus jeune âge, favorisez de bonnes lectures
Un prophète. film de Michel Audiard.
L'enfer carcéral comme miroir grossissant, d'une mise en faillite des valeurs humanistes. Faillite d'une transmission aliénée dans la violence immédiate, loi brutale et pervertie du plus fort sont en général plus cryptées dans nos sociétés. Pourtant, le même souffle traverse les films d'Audiard: le dur chemin d'un solitaire, capable de tracer savoie face à une figure paternelle imposant la soumission à sa loi mafieuse.(voir ou revoir à ce sujet "De battre mon coeur s'est arrêté")
Un récit poignant et sans concession, une histoire parmi d'autres, ceux que le progrès et les "réformes" laissent au bord de la route. Pour en savoir plus:
http://www.alalettre.com/actualite/adam-alabriderien.htm
WELCOME
Un film de Philipppe Lioret.
A Sangate, le sort des clandestins, livrés aux passeurs, traqués par la police. Qui leur vient à aide, par simple souci humanitaire, devient à son tour passible de poursuites judiciaires. Un
film sobre et touchant, sans pathos... A voir
Pourquoi êtes vous pauvres?
Romancier et journaliste, Vollmann est une
grande figure de la littéraure américaine. Cette même question, il l'a posée à travers le monde.
Pour en savoir plus cliquer sur
l'image
Boris PAHOR.
Né à Trieste en 1913, cet écrivain slovène est un témoin de notre siècle dont toute l’œuvre est traversée par l’ombre de ses trois totalitarismes : fascisme italien, nazisme et communisme yougoslave. « Printemps difficile » l’a fait connaître en France. Dans ses nouvelles, tendres et poignantes, des destins individuels témoignent de ce qui fut. D’une œuvre foisonnante, on retiendra surtout « Le pèlerin parmi les ombres » où l’ancien déporté revient au Struthof (aujourd’hui Mémorial européen) et se souvient. Un texte fort, comparé à ceux de Primo Lévi.
Boulevard périphérique. Henry Bauchau. Actes Sud. 2008
Ce livre a reçu le prix du livre Inter. Ecrivain et psychanalyste, son auteur aujourd’hui âgé de 95 ans, se rappelle un ami de jeunesse, compagnon de varappe, exécuté par les nazis dans le même temps où il rend visite à sa belle fille, atteinte d’un cancer.
Les écrits d’Etty Hillesum. Journaux et lettres 1941-43. Seuil.
Elle est juive. Elle vit à Amsterdam et choisit de partager le sort des siens : l’internement au camp de Westerborg et la déportation à Auschwitz où
elle meurt en 1943. Ses textes demeurent pourtant une énigme : dans ces lieux ultimes de la désespérance, Etty découvre un dialogue intime à une transcendance qui affirme, envers et
contre toute apparence, l’inaltérable beauté du monde et de la vie. Une v
ersion plus courte
« Une vie bouleversée », l’a fait découvrir en France.

Le Président et le Ministre
LE PRESIDENT
Entrez-donc mon ami et venez prendre place
Afin de me conter ce qui vous embarrasse
La réforme est lancée, elle avance à grands pas
Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plait pas.
Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche
Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche.
LE MINISTRE
Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point
Voyez comme en ces temps je sais rester serein.
J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace
LE PRESIDENT
Allez contez moi donc je ne tiens plus en place !
LE MINISTRE
J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes
Pour faire des élèves des besogneux sans âme.
Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir
Et n'auront plus de sens à donner au savoir ;
Voilà qui nous fera des citoyens dociles
Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles.
LE PRESIDENT
Fort bien, les programmes sont un bel artifice
Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.
Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir
Promettant des réformes, n'en disant que très peu,
Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs
Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !
Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce
Car je veux tout savoir !
LE MINISTRE
Voilà ce qui se passe :
Je commence par rayer en trois ans les RASED
Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide
Je laisse aux enseignants l'entière liberté
De s'occuper tous seuls de la difficulté.
Ils auront pour cela comme unique bagage
La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !
J'ai enlevé deux heures d'école par semaine
Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent :
On dit la journée de trop longue durée
Qu'il faudrait réformer notre calendrier
Et moi je vous dis qu'il en faut d'avantage
Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage !
LE PRESIDENT
C'est à n'en point douter une idée fort plaisante,
Le mérite sera la seule valeur payante !
LE MINISTRE
Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier
Je les envoie le faire à l'université.
Voyez l'inanité d'une bonne formation
Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions !
Cela vous plait-il ?
LE PRESIDENT
Assurément je pense,
Mon humeur est ravie et elle est d'importance
Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées
Qui font toujours écho à l'actualité.
Mon caprice me met dans des emportements,
J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président,
Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas,
Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état,
Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère
Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire.
Des médias je me sers et grâce à mon emprise
Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,
Enfin, si j'utilise les services de la presse
C'est parce qu'aux yeux de tous il faut que je paraisse.
Mais contez-moi encore votre train de mesures.
LE MINISTRE
De l'école en danger j'augmente la fêlure :
Il existe des classes que l'Europe nous envie
Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.
Il serait opportun de les faire disparaître
Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres
Qui ne font de leur temps que des couches changer
Et ne connaissent point les joies de la dictée.
Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses
Et il n'y aurait plus de maternelles en France !
Afin de remplacer les absences des maîtres
Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.
Si celui qui remplace se trouve être plombier,
La chaudière de l'école il pourra réparer,
S'il est mécanicien et connaît son affaire
Les voitures des collègues il pourra bien refaire,
Et si par de la chance il se trouve enseignant
Il pourra prendre en charge d'une classe les enfants !
LE PRESIDENT
Je reconnais bien là votre astuce admirable
Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !
Cette école qui veut faire des citoyens
Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien !
Oeuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince
Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!