Texte Libre

Réseau d'aide aux enfants en difficulté
Chroniques des derniers jours
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se poursuit aussi sur un nouveau blog : http://maretraitejelaime.over-blog.com
Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 17:45
Jouer les paresseuses. Laisser d'autres parler à ma place, surtout quand ils le font si bien. Demain, peut être, je conterai comment un texte comme celui de Virginie affine notre intelligence. Comment il entretient avec d'autres une fine correspondance. Comment tous ces auteurs qui se répondent, parfois sans le savoir, ont nourri toute une réflexion, sensible, complexe, sur ces enfants qui nous arrivent d'ailleurs. Et sur nous mêmes en retour.

Vestine, une légende noire (Actes Sud)

juillet 13, 2009

Sortie en octobre 2009

Vestine

 

Une jeune femme noire, 27 ans environ est assise sur un canapé. A côté d’elle une jambe, posée sur un coussin… 

 

     extrait « Il faut dire que le type en question était un antillais à peau bleue et moi les nègres je ne pouvais plus les voir en peinture, tous des soldats et des tueurs alors quand le facteur sonnait à la porte je courais me planquer dans l’armoire, j’aurais rampé rien qu’à l’idée qu’il me touche, il portait sûrement une arme dans son sac, il pouvait nous arroser à tout moment, tchak-tchak-tchak, avec son sourire et sa peau bien cirée, mais moi je savais, je la connaissais la joie des hommes en armes, quand ils rient et tirent dans les têtes, comme des ballons ou des pastèques, tchaktchak-tckak, ils rient au feu d’artifice des têtes éclatées ! » 

    extrait : « J’avais appris à parler français et c’est comme si les mots chassaient l’Afrique. Je lisais Zola, Mon bel oranger, des histoires de Rois Louis, de Révolution Française; à la télé je regardais les pubs où des jeunes habillés comme des sacs rivalisaient en Nike, Adidas, Schott et j’embrouillais les marques, j’embrouillais le monde, un jour à baigner dans le sang des morts, un autre à rêver devant un paire de baskets vraiment trop cool. A l’école –direct en CM1- une dame martelait que les plaques de dix forment une centaine, que le verbe fait l’action, que trois fois quatre égale douze. En Afrique, j’avais appris des choses qui n’existaient pas ici. Des choses violentes. Que la colère germe comme des petits haricots rouges dans le cœur des soldats. Que la mort frappe en plein jour, et qu’elle pue. »

Vestine Mukagataré “celle qui vient de la pierre” raconte pèle-mêle les vaches alsaciennes, Nine et ses drôles de cigarettes mauves, les règles de grammaire, la course pour ne pas mourir, la thérapie avec le bon docteur Bernstein, l’amputation, les trous dans la mémoire pointilliste, les stigmates qu’elle porte gravés sur sa peau, les bébés rouges ou les corps carcasses… Et le monologue jaillit, interpelle, avec au coeur du récit, comme une plongée en apnée, les cinq jours terribles où Vestine se perd dans l’enfer du génocide rwandais. 

J’ai voulu aller sous la peau pour dire l’indicible, mêler la lumière au sombre pour raconter l’histoire de Vestine. Il m’a fallu travestir l’intime, prendre de la distance avec la Vestine trop familière pour aller toucher, chez moi et l’autre, la justesse d’une cadence, d’une voix

Virginie Jouannet Roussel

  

Par josephine
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 19:03

Un bonheur ne vaut que s’il est partagé.

Sur ces mots tout simples se termine la carte de remerciements envoyée par deux jeunes mariés. C’est vrai que ces deux là semblent heureux ensembles et qu’ils avaient su communiquer leur joie aux invités de la noce. Ne le dit on pas : celui qui est heureux rayonne? On aurait envie d’ajouter qu’un partage bien tempéré démultiplie les choses.

Ainsi quand je viens dans la petite section d’Aurélie. L’on s’y sent si bien. Devant les mines ravies de ces petits qui pleuraient tant au premier jour et qui contemplent à présent leur maîtresse d’un air d’adoration, prêts à adhérer à chacune de ses propositions,  je me suis surprise à rêver. J’aimerais qu’un certain petit bonhomme cher à mon cœur rencontre pour première enseignante une maîtresse telle qu’Aurélie.

Aujourd’hui, elle est toute fière de narrer les derniers progrès de Moussa, enfant autiste qui lui avait donné tant de peine. Avancées minuscules, mais qui la remplissent de joie. Et elle ajoute :

« - Mais c’est le travail de Fatima. Heureusement qu’elle est là. Elle sait tellement bien faire. Moi, je n’osais pas être si ferme. Et douce en même temps... »

Fatima, EVS c’est à dire emploi vie scolaire qui accompagne l’accueil à l’école de Moussa, rougit, toute confuse.

« - Au début, j’étais perdue aussi. Mais avec Aurélie on s’entend bien. C’est facile… »

Sourires, attention discrète à l’autre. Bercé, entouré par cette bienveillance réciproque, Moussa a trouvé un espace accueillant au creux duquel il peut doucement déposer sa naissance à l’ordre humain.

Moussa, enfant pas comme les autres, qui nous arrive d’un autre monde, trop obscur,  impénétrable à notre entendement.

Pourquoi ces  faits de vie, si simple d’apparence, deux époux qui rayonnent, deux jeunes  femmes en train de « s’entre-tenir » sous le regard attendri d’une troisième, pourquoi cela m’a t-il fait penser à Virginie Jouanet Roussel ?

Parce que Virginie est EVS dans une école  et sera bientôt remerciée, au sens propre cette fois ci ?

Parce que depuis quelque temps me traverse l’histoire de Vestine ?

 D’une rencontre, celle de cette très jeune rouandaise avec Virginie J. R. est né ce beau récit, tissé de mots forts, de mots vrais qui épousent le destin d’une enfant, rescapée d’un printemps de massacres. Les mots de Vestine, son histoire, son arrivée dans notre école, prêtés-empruntés à la plume de Virginie.

Naissance à notre monde, dans une rencontre vraie, l’inverse de ces mots faux, double discours propre à tant d’hommes de pouvoir et qui a trop sévi pour ne pas plonger ceux qui les perçoivent dans un abîme d’inquiétude.

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 08:52

«  - Mais elle pourrait arriver à l’heure tout de même ! »

Céline est énervée. Il faut dire qu’aujourd’hui, tout va de travers. Il faut dire que la rentrée dans sa classe de petite section était difficile. Des locaux inadaptés. Des réformes qui déstabilisent  l’équipe. Et les soucis personnels qui s’accumulent. Trop c’est trop.

Et quoi, le premier jour d’école, au milieu des petits en larmes, un bolide avait traversé la classe. A peine le temps de l’apercevoir, l’enfant s’était enfui dans le couloir.

Sylvie, trois ans, autiste.

Arrivée comme ça. Sans que rien ne soit mis en place pour l’accueillir. Puisque personne n’était prévenu.

Oui, cela arrive. De plus en plus.

Pauvre Sylvie. Affolée, elle criait, se sauvait ou escaladait tables et bancs. Buvait l’eau dans la cuvette des toilettes. Renversait pots et crayons…

« - Mais vous devez l’accueillir, c’est la loi ! » disaient ses parents.

« - Mais sans personnel supplémentaire, c’est impossible ! » disait l’école.

Finalement, Fanta , EVS (emploi vie scolaire) a été recrutée en urgence.

C’est une toute femme frêle, délicate d’aspect. Au début, elle passe son temps à courir dans les couloirs de l’école pour rattraper la petite fugueuse. A la maintenir quand, lors des crises d’angoisse, elle hurle et se débat. EVS, c’est dur. Et puis, quand on arrive comme ça, qui prend le temps de vous parler ? Ou de vous adresser un sourire ?

Fanta, EVS, est payée 600 euros par mois. Pour venir le matin, elle emprunte les transports en commun qui ne fonctionnent pas très bien. Alors elle arrive en retard. Trop souvent pour Céline qui se retrouve alors seule avec sa classe de bambins et une Sylvie qui se sauve, davantage sans doute quand elle sent monter la pression.

Vite, il faut apaiser  cela avant que le problème ne devienne insurmontable.

Fanta, qui habite loin, se lèvera encore plus tôt. 600 euros, tout de même, cela vaut la peine de faire un effort !

Elle est touchante Fanta. Sans avoir reçu aucune formation, elle s’adapte à cette élève si différente. Elle se passionne, questionne.

« - Comment faire ? Est-ce que c’est bien ? Pourquoi est –elle comme ça ? »

Je ne fais pas partie de ceux qui « savent » et délivrent une bonne parole, complètement formatée, face à ces enfants qui nous renvoient notre impuissance et nos limites. Du Bac+, il a d’abord fallu tout oublier. Observation, la plus fine possible de l’irréductible singularité de chacun. Regard qui valide : les minuscules tentatives de cet enfant singulier pour être au monde, parmi nous, (l’autiste, un autre Lazare, de quel monde rescapé ?), regard bienveillant qui reconnait et valide aussi la persévérance et le courage de ceux qui l’accompagnent.

Et puis, une chose très simple et très commune. Le bon sens.

A présent, Sylvie ne court plus. Ou moins. Elle observe. Aujourd’hui, bien calée dans le giron de Fanta, en sécurité, elle a répondu à mon sourire.

Fanta s’extasie. Fière comme une tout jeune mère et qui découvrirait les progrès de son petit.

Fanta, quand, elle aura exploré toutes les facettes d’une tâche si délicate, on la congédiera. EVS, un de ces métiers d’avenir. Précaire. Et mal payé.

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 11:41

Dans la petite ville de T., bulls dozers et policiers sont venus. Ils ont rasé le campement des gitans, évacué les habitants. Disparues ces jeunes femmes  apeurées qui prenaient le frais sur un banc, et le tout petit qui jasait dans sa poussette pour attirer l’attention d’une mère trop triste, disparus les pêcheurs découragés  et le gamin aux beaux yeux noirs, son sourire éclatant.

J’y repensais encore en regardant distraitement le petit écran dont la taille s’accroît à mesure qu’il délivre un spectacle de plus en plus affligeant.

Un mot, soudain,  a retenu mon attention.

Faciès.

Et puis d’autres, avais je bien entendu ?

Origine.

J’ai reconnu notre ministre. Ministre de l’éducation nationale.

Il a fallu chercher sur Google car je n’étais pas sûre. Et voici :

«  Cette affaire commence à suffire. On a vraiment le sentiment d’une chasse à l’homme. Tous ceux qui interviennent sur cette question, que veulent ils ? Ils veulent interdire l’élection à un candidat par son origine sociale, son nom, son faciès ? C’est ça la République ? » (Agence France Presse)

.

Notre ministre parlait d’un certain blondinet dont la nouvelle coupe de cheveux et les fines lunettes (conseils du coach), ne cachaient pas l’aspect juvénile.

Et d’abord , quelle est cette manie de squatter nos écrans au moindre bobo ? Ringarde. Dépassée. Joséphine, obscure psychologue scolaire dont la fonction  ne figure même plus dans les magnifiques fascicules traitant de la difficulté à l’école. J’aurais tant besoin que ceux qui nous gouvernent incarnent un modèle, quelque chose de stimulant. Un idéal !

Mon royaume, mon tout petit royaume de rien du tout mais qui est le mien pour un idéal !

Des paroles vraies.

Et bien, qui a aimé le ministre, va adorer le président.

Le papa du petit s’est aussi exprimé sur les ondes. C’est son métier.

Au sujet de la réforme du lycée, il a rappelé, au même moment, la « fin des privilèges de la naissance. »

Et il a insisté : « Cela voulait dire :  désormais, en France, c’est de l’école que sortiront les élites .

Et pas de la naissance.

Cela voulait dire : désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être “bien né” : pour réussir, il faut travailler dur, et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur .

Principe de justice, mais en même temps, principe d’efficacité : car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? »

Pourquoi, en transcrivant ces paroles extraites de son discours, outre le malaise qu’elles suscitent,  ai je l’impression de me sentir salie ? Contaminée ?

Je n’avais toujours accordé à la politique, « l’art du vivre ensemble » qu’un regard distrait.

Aussi,  est-ce bien le H1N1, ce virus qui fait rage aujourd’hui et dont il faut se prémunir ?

Par josephine - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 11:42

Dans la fraîcheur du matin, je suis allée courir. Il faisait beau, d’une belle lumière d’automne, toute dorée.

Au carrefour, là où se pressent les voitures, il y avait un arbre, en surplomb et qui occupait tout le ciel. Un tronc noueux, élégant, doucement incliné et la coiffe du feuillage, toute de beauté, sur le bleu très pur d’un ciel sans nuages, on aurait dirait un pin, en Méditerranée.

Cette douleur soudaine au creux de la poitrine. J’ai ralentis, les yeux toujours levés sur l’arbre en majesté.

Une autre douleur, fulgurante.

Il fallait cesser de courir. J’ai marché.

Et la beauté du monde était là, dans ce chemin d’automne.

 L’allée des arbres qui allait à l’étang, à peine ourlée de rouille. Cheminer dans une cathédrale, une image si usée et si juste. Les feuilles comme des vitraux où joue la lumière sous les caresses du vent.

 Ainsi la vie. De courir empêchée ? La beauté du monde aussitôt frappe à la porte.

Dans un film canadien, « Beignets de tomates vertes », deux femmes s’unissent face à un sort adverse. «  Sache que dieu ne ferme jamais une porte sans en ouvrir une autre » énonce la vieille femme noire qui les rejoint. Des blessures faites par les hommes, elle aussi a fait le plein.

Voilà. Quelque chose autour de moi est en train de changer. Une disparition. Un monde, des valeurs qui s’effondrent, remplacées par l’inflation de mots, de plus en plus creux à mesure qu’ils masquent le vide. De si belles parures, de mots pervers habillés. 

Ainsi, voir peu à peu s’effondrer ce métier où j’ai aimé travailler avec d’autres. Après l’attaque frontale contre les RASED (plus de 200 000 signatures opposées à leur suppression), la stratégie de l’ignorance, plus payante et plus sournoise. Une mort lente, peu à peu intériorisée par ceux là même qu’elle vise.

Les RASED. Trois lignes sur 20 pages en papier glacé traitant de la lutte contre la difficulté scolaire. Cette « com » combien ça a coûté ? (ça, c’est le côté paysan qui ressort, combien d’emplois créés avec toutes ces dépenses ?).

Moi, Josephine, enseignante spécialisée très provisoirement chargée de psychologie scolaire, je survivrai. Une porte se ferme pour en ouvrir une autre.

Les grands perdants seront les enfants. Outre ces petits qui traversent soudain la cour de recréation pour se planter devant moi, un souvenir me revient. Dan est à la fenêtre du local RASED. Passe une classe d’écoliers qui reviennent du stade. Dès qu’ils aperçoivent mon collègue, ils scandent en chœur : « Dan ! Dan ! » improvisant une joyeuse manifestation.

Outre les enfants, les enseignants seront aussi perdants. Sur eux seuls reposera davantage encore le poids de la difficulté. Et puis, quand Dan ne sera plus là, sur quelle large poitrine vont s’effondrer en pleurs les enseignantes qui craquent, à bout de force ? (il y eut même une IEN !) Leur faudra t-il se suicider ?

Ces « désobéisseurs » qui risquent leur carrière en voulant utiliser autrement l’aide personnalisée sont emplis de courage. 

Et si, plutôt que de supprimer les RASED, on les avait davantage aidé à s’améliorer sans cesse ? Quête que nous avons menée au sein de notre équipe.

Mais dans quelle solitude institutionnelle.

Car des IEN comme Véronique, je n’en ai jamais rencontré qu’une.

Alors, les IEN, on ne va tout de même pas aussi les supprimer ?

Par josephine
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 18:48

L’Académie de Créteil va de l’avant. Résolument. Et investit.

Sur un beau papier glacé, vingt pages pour le « Plan opérationnel de lutte contre la difficulté scolaire ». Là où cette difficulté est plus présente, il faut prendre le problème à bras le corps.

Par contre, un beau paragraphe pour les ACTIONS PHARES qui prônent l’apprentissage de la Marseillaise dans le cadre d’une lutte contre la difficulté : « il s’agit de renforcer les valeurs républicaines et l’engagement citoyen des élèves. » Et son chant lors des commémorations d’armistices. 1918.1945. C’était déjà écrit dans la magnifique « Guide d’accueil pour les personnels du premier degré ». Que d’argent !

Le respect pour la république n’empêche pas de frémir devant ces « valeurs républicaines » exaltées par notre hymne très national. Un nom me revient en mémoire. Lazare Ponticelli. Lazare. Notre dernier poilu. Quel beau nom pour un survivant. Lazare, l’homme bon et simple, qui n’oublia jamais ses camarades tombés : « tous ces jeunes tués, je ne veux pas les oublier, quel gâchis ». Lui qui, inlassablement, venait parler aux enfants des écoles :

«  Aux enfants, je leur dis et je leur répète : ne faites jamais la guerre. ».

 Lazare, le Rital, qui fuit sa misère et débarque seul à Paris, à 8 ans. Illettré. Sans un mot de français (cela me rappelle quelque chose, un sans papier ?). On lui fit des funérailles nationales.

 Et cet autre Lazare, si souvent évoqué par Boris P.,  ce « Lazare parmi nous » écrit par son ami Jean Cayrol au retour des camps. Boris et tant d’autres, des rescapés parlant « d’un monde qui a le mal du chaos », et qui témoignent, comme Lazare, inlassablement, à destination des jeunes.

D’une guerre l’autre….

Oui, pour les valeurs, ils font très fort à l’Académie de Créteil.

 Sur ces vingt pages prônant la lutte contre la difficulté scolaire, trois lignes seulement pour les enseignants spécialisés. Déjà, ils n’existent plus. Avec l’aide personnalisée et la  Marseillaise, on va voir ce que l’on va voir. Et faire des économies.

Des économies ?

Ils sont trop forts à Créteil. 772 167 euros, budget prévu pour deux ans d’expérience pilote, 70 classes qui recevront un pactole pour cause d’assiduité. Il faut faire plus. La téléréalité ce serait bien. Des classes en concurrence avec coups bas et compagnie. Bahut story ?

« - Je suis indignée ! Quand je pense aux enfants de Madagascar qui voudraient tellement y aller à l’école ! »

Marion n’a que quinze ans. Des idéaux à revendre. Elle est engagée dans une association qui travaille pour la construction d’écoles à Madagascar. Notre ancienne « colonie ».

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 11:02

« Cette école là n’est pas la mienne Joséphine. Je ne m’y reconnais plus. Et maintenant la Marseillaise… »

Dan ne connaît pas le double langage, celui des médias où les maîtres du mensonge énoncent tout ce que vous voulez entendre, main sur le cœur,  trémolos dans la voix. Aujourd’hui, il fait peine à voir. (Oui, il existe toujours Dan, le maître d’adaptation, mon collègue et complice, rescapé de notre Réseau d’Aide aux Enfants en Difficulté).

La sincérité. Au delà d’une exigence professionnelle, c’est ce qui nous a lié. Cela et le partage de valeurs que l’on pense essentielles. Ces gosses maltraités par la vie que nous croisons ne s’y trompent guère. Même si certains, plus que d’autres, résistent à accorder une confiance trop malmenée.

Des valeurs. Un idéal. Ce qui soutient et élève. Un « élève ». Ne devons nous pas le demeurer ? Celui qui est destiné à s’élever. L’homme debout.

Et pour ceux que l’on appelle maîtres, cette République, laïque, égalitaire fut aussi celle qui nous aida à nous élever.

« - Je voulais que mes enfants s’en sortent » dit un jour ma mère, tandis que sa vie durant, elle nous montra l’exemple du courage et de la dignité. Parfois fléchissant, face à une destinée si redoutable qu’on ne saurait la conter. Mais rassemblant ses forces. Debout. A nouveau. Un jour il faudra parler d’elle. Un jour.

Sa fierté? Ses enfants devenus fonctionnaires. 

Des fonctionnaires. Pareils à ceux, innombrables, pour lesquels l’école, puis la fonction publique, pallia le manque de relations, d’argent. L’Etat, assurant la promotion sociale des gens d’en bas. Dans ma banlieue, c’est au tour des fils et filles d’immigrés.

Fonctionnaires ? Ces fainéants, ces nouveaux nantis qui cumulent les avantages et sont toujours en grève ?

« -Je vous remercie pour votre dévouement à la cause du service public » me dit un  jour mon supérieur hiérarchique tandis que je le regardais d’un air ahuri, cherchant à qui pouvait s’adresser cet hommage, aussi maladroit que sincère. Lui aussi était un IEN. Ils ne sont pas tous semblables et ne prônent pas tous la médiocrité, l’alignement sur de fausses valeurs qu’en outre ils sont les premiers à ne pas respecter. Fils d’immigrés italiens, d’intelligence vive, il avait connu la pauvreté. Et n’avait pas oublié.

Quant à Dan. Elevé à Bab El Oued. Dans ce quartier populaire où s’entraidaient les  communautés. Le bateau. La France. L’appartement où les caisses en carton figuraient les meubles absents.

Crista ? Qui nous manque par la profondeur de son humanité. J’ai toujours aimé quand elle s’interrogeait sur son héritage d’Antillaise. (1794. Abolition de l’esclavage, rétabli par Napoléon mais aboli à nouveau le 27.04.1848, grâce au combat de Victor Schoelcher ou comment les révolutions n’ont pas que des effets pervers ! Schoelcher, député de la Matinique, né à Fessenheim où une certaine centrale atomique …..)

Des « maîtres » comme eux ! Et ce sont ceux là qu’on veut supprimer !

En fait, je voulais dire que pour la transmission des valeurs, ils sont vraiment trop forts à l'Académie de Créteil. Et parler aussi des Colibris. Et je suis partie sur autre chose.


 

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Le Prophète.

Mais vous,
enfants de l'espace,
vous les inquiets dans le repos
vous ne serez ni capturés
ni apprivoisés.
Khalil Gibran


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Quelque part ou ailleurs...

Une école dans l'Himalaya

A 4000 m d'altitude, où vivent les Dolpo pas, une ethnie thibétaine, voici une école différente. On la rejoint à pied, pour un périple de 3 semaines, loin de tout.
Cliquez sur la photo

Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants

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Coups de coeur

 

Dés le plus jeune âge, favorisez de bonnes lectures

 

  Un prophète. film de Michel Audiard.

L'enfer carcéral comme miroir grossissant, d'une mise en faillite des valeurs humanistes. Faillite d'une transmission  aliénée dans la violence immédiate, loi brutale et pervertie du plus fort sont en général plus cryptées dans nos sociétés. Pourtant, le même souffle traverse les films d'Audiard: le dur chemin d'un solitaire, capable de tracer savoie face à une figure paternelle imposant la soumission à sa loi mafieuse.(voir ou revoir à ce sujet "De battre mon coeur s'est arrêté")

 

Un récit poignant et sans concession, une histoire parmi d'autres,  ceux que le progrès et les "réformes" laissent au bord de la route. Pour en savoir plus:

 

http://www.alalettre.com/actualite/adam-alabriderien.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

WELCOME

Un film de Philipppe Lioret.

A Sangate, le sort des clandestins, livrés aux passeurs, traqués par la police. Qui leur vient à aide, par simple souci humanitaire, devient à son tour passible de poursuites judiciaires. Un film sobre et touchant, sans pathos... A voir

 

 

 

 

 

                  William T.VOLLMAN.

           Pourquoi êtes vous pauvres?


Romancier et journaliste, Vollmann est une grande figure de la littéraure américaine. Cette même question, il l'a posée à travers le monde.

Pour en savoir plus cliquer sur l'image




Boris PAHOR.

 

 

Né à Trieste en 1913, cet écrivain slovène est un témoin de notre siècle dont toute l’œuvre est traversée par l’ombre de ses trois totalitarismes : fascisme italien, nazisme et communisme yougoslave.  « Printemps difficile » l’a fait connaître en France. Dans ses nouvelles, tendres et poignantes,  des destins individuels témoignent de ce qui fut. D’une œuvre foisonnante, on retiendra surtout « Le pèlerin parmi les ombres » où l’ancien déporté revient au Struthof (aujourd’hui Mémorial européen) et se souvient. Un texte fort, comparé à ceux de Primo Lévi.




Boulevard périphérique. Henry Bauchau. Actes Sud. 2008


 

Ce livre a reçu le prix du livre Inter. Ecrivain et psychanalyste, son auteur aujourd’hui âgé de 95 ans, se rappelle un ami de jeunesse, compagnon de varappe, exécuté par les nazis dans le même temps où il rend visite à sa belle fille, atteinte d’un cancer.



Les écrits d’Etty Hillesum. Journaux et lettres 1941-43. Seuil.

 

Elle est juive. Elle vit à Amsterdam et choisit de partager le sort des siens : l’internement au camp de Westerborg et la déportation à Auschwitz où elle meurt en 1943. Ses textes demeurent pourtant une énigme : dans ces lieux ultimes  de la désespérance, Etty découvre un dialogue intime à une transcendance qui affirme, envers et contre toute apparence, l’inaltérable beauté du monde et de la vie. Une version plus courte « Une vie bouleversée », l’a fait découvrir en France.

 

Pour en savoir plus

 

Au fil des jours

Quelle vie peut se comparer à ceci
Assis paisiblement près de la fenêtre
Je regarde les feuilles tomber
Et les fleurs s'épanouir
Et les saisons aller et venir.
HSUESH-TOU (982-1052)


Que reste-t-il de nous deux à la fin,
Sinon peut être

Ce maigre feu de broussailles mal éteint
qui fume encore tout bas certains soirs
entre deux souches de saules gris et noirs,

derrière le petit bois de sureaux et de hêtres
enseveli par les lourds marais de Vieux Rhin
sous un linceul de lune, dans l'éternel brouillard.

Claude Vigée

Le président et le ministre

Envoyé par Marie José


Le Président  et le Ministre

LE PRESIDENT
Entrez-donc mon ami et venez prendre place
Afin de me conter ce qui vous embarrasse
La réforme est lancée, elle avance à grands pas
Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plait pas.
Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche
Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche.

LE MINISTRE
Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point
Voyez comme en ces temps je sais rester serein.
J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace

LE PRESIDENT
Allez contez moi donc  je ne tiens plus en place !

LE MINISTRE
J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes
Pour faire des élèves des besogneux sans âme.
Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir
Et n'auront plus de sens à donner au savoir ;
Voilà qui nous fera des citoyens dociles
Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles.

LE PRESIDENT
Fort bien, les programmes sont un bel artifice
Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.
Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir
Promettant des réformes, n'en disant que très peu,
Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs
Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !
Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce
Car je veux tout savoir !


LE MINISTRE
Voilà ce qui se passe :
Je commence par rayer en trois ans les RASED
Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide
Je laisse aux enseignants l'entière liberté
De s'occuper tous seuls de la difficulté.
Ils auront pour cela comme unique bagage
La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !
J'ai enlevé deux heures d'école par semaine
Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent :
On dit la journée de trop longue durée
Qu'il faudrait réformer notre calendrier
Et moi je vous dis qu'il en faut d'avantage
Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage !

LE PRESIDENT
C'est à n'en point douter une idée fort plaisante,
Le mérite sera la seule valeur payante !

LE MINISTRE
Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier
Je les envoie le faire à l'université.
Voyez l'inanité d'une bonne formation
Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions !
Cela vous plait-il ?

LE  PRESIDENT
Assurément je pense,
Mon humeur est ravie et elle est d'importance
Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées
Qui font toujours écho à l'actualité.
Mon caprice me met dans des emportements,
J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président,
Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas,
Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état,
Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère
Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire.
Des médias je me sers et grâce à mon emprise
Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,
Enfin, si j'utilise les services de la presse
C'est parce qu'aux yeux de tous il faut  que je paraisse.
Mais contez-moi encore votre train de mesures.

LE MINISTRE
De l'école en danger j'augmente la fêlure :
Il existe des classes que l'Europe nous envie
Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.
Il serait opportun de les faire disparaître
Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres
Qui ne font de leur temps que des couches changer
Et ne connaissent point les joies de la dictée.
Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses
Et il n'y aurait plus de maternelles en France !
Afin de remplacer les absences des maîtres
Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.
Si celui qui remplace se trouve être plombier,
La chaudière de l'école il pourra réparer,
S'il est mécanicien et connaît son affaire
Les voitures des collègues il pourra bien refaire,
Et si par de la chance il se trouve enseignant
Il pourra prendre en charge d'une classe les enfants !

LE PRESIDENT
Je reconnais bien là votre astuce admirable
Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !
Cette école qui veut faire des citoyens
Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien !
Oeuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince
Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!

 

Exercice du matin



Le matin sortant du fleuve
Sortant du lit débordé
Innocence de la terre
Au regard miraculé.
Exercice de l'éveil
Mage du soleil levant
Du céleste éclat de rire
Dans le fol éclat de rien.

Henry Bauchau
 
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