Texte Libre

Réseau d'aide aux enfants en difficulté
Chroniques des derniers jours
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 18:46

J’ai cinq ans, je hurle et me roule par terre.

«  Bonjour Marie, tu vas bien ? »

Marie est directrice d’école maternelle. Après les années d’épreuve où elle devait apprendre à apprivoiser le décès brutal de son mari, elle semble renaître et devenir plus jolie chaque jour.

« Joséphine, je suis contente de te voir ! Patricia ne va pas bien du tout. L’Atsem n’en vient pas à bout, figure toi qu’elle a du la plaquer au sol pour la maintenir. Elle avait les larmes aux yeux quand elle m’en parlait. Sa  maîtresse ne sait plus que faire. »

Dans la classe, les enfants sont sagement regroupés autour de Corine. D’abord, je ne remarque pas la petite. Assise sur le banc, un peu pâlotte, elle écoute sa maîtresse expliquer le travail du jour. Un bon jour, Patricia est partante pour tout.

«  Oh, mais c’est bien ce que tu fais, qu’est-ce que c’est ? »

Patricia se redresse imperceptiblement.

«  - Je dessine les guirlandes pour Noël »

Noël, déjà. J’appréhende les semaines à venir et l’excitation croissante des enfants. Les adultes seront les premiers à en souffrir, à s’en plaindre aussi. Savent ils qu’ils participent à celle ci ?

« - Oh, regarde Patricia, il faut faire doucement, de petites boules, comme ça. »

Patricia est sur le fil, partagée entre une tension interne qui la pousse à saboter son travail et le désir de mériter des encouragements qu’il convient de ne pas ménager.

« - Avec un petit pinceau, tu arriveras mieux. »

Patricia s’applique, se déploie peu à peu sous ce regard chaleureux.

Dans la bibliothèque, elle me tend un livre. Assises côte à côte, nous découvrons l’histoire d’un ogre qui a perdu son appétit.

«  Tu me lis encore celui là dis ?

Non, cette fois c’est toi qui lit.

Tout de suite, elle accepte, prend un ton docte :

«  - Alors, le chat il prena le poisson bleu et il parta dans la maison…. »

Sybille s’est approchée, elle aussi quête un peu d’attention, et puis Cyril, chacun avec leurs livres.

«  - Bon, je lis seulement les titres : La petite souris…. Goudron le hérisson…. »

Patricia accepte de bon gré le partage. Et puis, je vais bientôt les quitter.

«  - Tu vas dans une autre école ? »

Pas de problème, c’est elle qui me laisse la première pour aller vers un nouveau jeu.

«  - Je crois que nous étions dans un bon jour.

- Tu comprends me dit Corine, il faudrait s’occuper d’elle tout le temps, uniquement d’elle et quand cela ne marche pas, elle hurle »

Comment prendre acte de tout ce que nous venons de construire ensemble, l’enfant et moi, sans que l’enseignante ne se sente désavouée pour autant.

C’est vrai, Patricia, cinq ans, est une enfant difficile. «  A la maison, elle fait ce qu’elle veut, déclare sa mère, vous comprenez, j’ai pitié des voisins. »

Notre première rencontre fut animée. C’était une après midi. Epuisée, Patricia était dans une excitation constante et ne cessait de provoquer l’enseignante dans une sorte d’escalade où on la sentait de plus en plus mal. Si mal que, sentant Corine à bout de force, j’ai dû intervenir.

J’ai amené l’enfant dans le couloir où elle a commencé à hurler, donnant des coups violents dans la porte. Peu à peu, elle s’est apaisée tandis que, derrière elle, l’entourant de mes bras, je parlais doucement, comme si j’étais pour elle un support auquel elle pouvait s’adosser.

Doucement mais fermement tout ensemble.

«  Bien sûr, tu vas rentrer dans la classe mais d’abord tu arrêtes de hurler… »

Peu à peu, les cris destinés à impressionner cessent, faute d’atteindre leur cible.

«  Et maintenant, tu crois que tu peux rentrer ? »

Un léger signe de tête. Patricia évolue dans la classe, me jetant de temps à autre un coup d’œil. Elle s’enhardit, vient me montrer son dessin.

«  Mais oui,  c’est un beau dessin. »

Jade, la rééducatrice, est d’accord pour proposer une intervention. Trois séances d’observation pour commencer. Et puis nous verrons, j’ai le sentiment que Patricia devrait trouver sa place.

«  - Elle est adorable, très intelligente «  assure Jade après la première rencontre.

Par josephine
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 18:42

Mercredi 12 novembre : Moussa, l’enfant « fou »

Hier au soir, je regardais un documentaire sur Françoise Dolto. Peut être avec sa réputation d’anticonformiste la grand mère de la psychanalyse parviendrait elle à amadouer la rebelle que j’étais devenue.

Tout à coup, ce fut le même embrasement, cette chaleur soudaine, entière, de la reconnaissance. Quelque chose de subit auquel on ne saurait échapper. Elle contait alors sa surprise et son incompréhension lors d’une cure, quand un enfant psychotique changea de voix, interprétant comme en transe ce dialogue :

«  Maman , laisse moi garder l’enfant » disait-il, faisant penser à une très jeune mère à propos d’un nouveau né.

 «  Pute, ce sera ta punition, si tu le gardes, je l’étranglerai de mes propres mains ! » répondait la mère.

Ceci  mit fin à la cure car l’enfant, à son insu, semblait répéter une scène entendue au berceau, confirmée ensuite par sa mère adoptive qui avait gardé le secret sur son origine.

Et je me suis souvenue.

Je travaillais à N. Mon premier poste de psychologue « scolaire ».

Face à moi, Moussa, bientôt huit ans, des problèmes plein la tête mais dont la mère avait interrompu le suivi au CMP. Je revois cette femme, une Malienne, grande, maigre et triste qui avait gardé l’habit traditionnel. Je revois surtout ses pieds nus dans des savates noires, au cœur de l’hiver.

Moussa me faisait face, assis à la table où je prenais des notes. Que lui disais je ? Je ne sais plus. Soudain, son visage changea, sa voix aussi. Et il entama un dialogue, passant tour à tour d’une voix aigue, semblable à celle d’un tout petit à une autre, plus grave.

Et lui, que disait il ?

Je ne peux m’en souvenir. Seule l’émotion m’en est restée.

Peut être est ce mieux ainsi, oublier ce qui tout à coup vous dépasse. Oublier que l’on n’a rien compris de ce qui pourtant était en train d’advenir. A mon insu et sans doute aussi à l’insu de l’enfant.

Moussa n’est pas retourné au CMP. Je ne l’ai jamais revu dans mon bureau. Il a fait son chemin, seul, est devenu écolier.

Hier soir, je me suis rappelée autre chose.

Une autre fois, ce même embrasement. Face à un film soviétique, une cellule, un prisonnier politique, jeté avec des droits communs. Des hommes non. Des bêtes. Ordinaires pourtant, l’ordinaire des prisons et ce que l’on y fait subir, la vengeance du condamné exercée sur un autre, comme soi condamné, qu’importe. On le fera souffrir, corps et âme bafoués afin de s’octroyer un peu de puissance.

 Il s’agissait cette fois d’un bâton, enfoncé dans l’anus, tandis qu’on maintient la victime.

Et tout à coup Jacques a surgi devant moi, ce qu’il avait tenté de confier au Magnificat où il m’avait donné rendez vous, tandis que nous décortiquions des crevettes au gingembre.

Je comprenais, en retard, mais je comprenais. Chaleur, incendie de la reconnaissance

Trop tard, Jacques n’était plus.

Par josephine
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Le Prophète.

Mais vous,
enfants de l'espace,
vous les inquiets dans le repos
vous ne serez ni capturés
ni apprivoisés.
Khalil Gibran


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Quelque part ou ailleurs...

Une école dans l'Himalaya

A 4000 m d'altitude, où vivent les Dolpo pas, une ethnie thibétaine, voici une école différente. On la rejoint à pied, pour un périple de 3 semaines, loin de tout.
Cliquez sur la photo

Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants

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Coups de coeur

 

Dés le plus jeune âge, favorisez de bonnes lectures

 

  Un prophète. film de Michel Audiard.

L'enfer carcéral comme miroir grossissant, d'une mise en faillite des valeurs humanistes. Faillite d'une transmission  aliénée dans la violence immédiate, loi brutale et pervertie du plus fort sont en général plus cryptées dans nos sociétés. Pourtant, le même souffle traverse les films d'Audiard: le dur chemin d'un solitaire, capable de tracer savoie face à une figure paternelle imposant la soumission à sa loi mafieuse.(voir ou revoir à ce sujet "De battre mon coeur s'est arrêté")

 

Un récit poignant et sans concession, une histoire parmi d'autres,  ceux que le progrès et les "réformes" laissent au bord de la route. Pour en savoir plus:

 

http://www.alalettre.com/actualite/adam-alabriderien.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

WELCOME

Un film de Philipppe Lioret.

A Sangate, le sort des clandestins, livrés aux passeurs, traqués par la police. Qui leur vient à aide, par simple souci humanitaire, devient à son tour passible de poursuites judiciaires. Un film sobre et touchant, sans pathos... A voir

 

 

 

 

 

                  William T.VOLLMAN.

           Pourquoi êtes vous pauvres?


Romancier et journaliste, Vollmann est une grande figure de la littéraure américaine. Cette même question, il l'a posée à travers le monde.

Pour en savoir plus cliquer sur l'image




Boris PAHOR.

 

 

Né à Trieste en 1913, cet écrivain slovène est un témoin de notre siècle dont toute l’œuvre est traversée par l’ombre de ses trois totalitarismes : fascisme italien, nazisme et communisme yougoslave.  « Printemps difficile » l’a fait connaître en France. Dans ses nouvelles, tendres et poignantes,  des destins individuels témoignent de ce qui fut. D’une œuvre foisonnante, on retiendra surtout « Le pèlerin parmi les ombres » où l’ancien déporté revient au Struthof (aujourd’hui Mémorial européen) et se souvient. Un texte fort, comparé à ceux de Primo Lévi.




Boulevard périphérique. Henry Bauchau. Actes Sud. 2008


 

Ce livre a reçu le prix du livre Inter. Ecrivain et psychanalyste, son auteur aujourd’hui âgé de 95 ans, se rappelle un ami de jeunesse, compagnon de varappe, exécuté par les nazis dans le même temps où il rend visite à sa belle fille, atteinte d’un cancer.



Les écrits d’Etty Hillesum. Journaux et lettres 1941-43. Seuil.

 

Elle est juive. Elle vit à Amsterdam et choisit de partager le sort des siens : l’internement au camp de Westerborg et la déportation à Auschwitz où elle meurt en 1943. Ses textes demeurent pourtant une énigme : dans ces lieux ultimes  de la désespérance, Etty découvre un dialogue intime à une transcendance qui affirme, envers et contre toute apparence, l’inaltérable beauté du monde et de la vie. Une version plus courte « Une vie bouleversée », l’a fait découvrir en France.

 

Pour en savoir plus

 

Au fil des jours

Quelle vie peut se comparer à ceci
Assis paisiblement près de la fenêtre
Je regarde les feuilles tomber
Et les fleurs s'épanouir
Et les saisons aller et venir.
HSUESH-TOU (982-1052)


Que reste-t-il de nous deux à la fin,
Sinon peut être

Ce maigre feu de broussailles mal éteint
qui fume encore tout bas certains soirs
entre deux souches de saules gris et noirs,

derrière le petit bois de sureaux et de hêtres
enseveli par les lourds marais de Vieux Rhin
sous un linceul de lune, dans l'éternel brouillard.

Claude Vigée

Le président et le ministre

Envoyé par Marie José


Le Président  et le Ministre

LE PRESIDENT
Entrez-donc mon ami et venez prendre place
Afin de me conter ce qui vous embarrasse
La réforme est lancée, elle avance à grands pas
Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plait pas.
Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche
Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche.

LE MINISTRE
Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point
Voyez comme en ces temps je sais rester serein.
J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace

LE PRESIDENT
Allez contez moi donc  je ne tiens plus en place !

LE MINISTRE
J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes
Pour faire des élèves des besogneux sans âme.
Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir
Et n'auront plus de sens à donner au savoir ;
Voilà qui nous fera des citoyens dociles
Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles.

LE PRESIDENT
Fort bien, les programmes sont un bel artifice
Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.
Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir
Promettant des réformes, n'en disant que très peu,
Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs
Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !
Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce
Car je veux tout savoir !


LE MINISTRE
Voilà ce qui se passe :
Je commence par rayer en trois ans les RASED
Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide
Je laisse aux enseignants l'entière liberté
De s'occuper tous seuls de la difficulté.
Ils auront pour cela comme unique bagage
La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !
J'ai enlevé deux heures d'école par semaine
Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent :
On dit la journée de trop longue durée
Qu'il faudrait réformer notre calendrier
Et moi je vous dis qu'il en faut d'avantage
Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage !

LE PRESIDENT
C'est à n'en point douter une idée fort plaisante,
Le mérite sera la seule valeur payante !

LE MINISTRE
Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier
Je les envoie le faire à l'université.
Voyez l'inanité d'une bonne formation
Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions !
Cela vous plait-il ?

LE  PRESIDENT
Assurément je pense,
Mon humeur est ravie et elle est d'importance
Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées
Qui font toujours écho à l'actualité.
Mon caprice me met dans des emportements,
J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président,
Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas,
Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état,
Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère
Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire.
Des médias je me sers et grâce à mon emprise
Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,
Enfin, si j'utilise les services de la presse
C'est parce qu'aux yeux de tous il faut  que je paraisse.
Mais contez-moi encore votre train de mesures.

LE MINISTRE
De l'école en danger j'augmente la fêlure :
Il existe des classes que l'Europe nous envie
Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.
Il serait opportun de les faire disparaître
Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres
Qui ne font de leur temps que des couches changer
Et ne connaissent point les joies de la dictée.
Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses
Et il n'y aurait plus de maternelles en France !
Afin de remplacer les absences des maîtres
Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.
Si celui qui remplace se trouve être plombier,
La chaudière de l'école il pourra réparer,
S'il est mécanicien et connaît son affaire
Les voitures des collègues il pourra bien refaire,
Et si par de la chance il se trouve enseignant
Il pourra prendre en charge d'une classe les enfants !

LE PRESIDENT
Je reconnais bien là votre astuce admirable
Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !
Cette école qui veut faire des citoyens
Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien !
Oeuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince
Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!

 

Exercice du matin



Le matin sortant du fleuve
Sortant du lit débordé
Innocence de la terre
Au regard miraculé.
Exercice de l'éveil
Mage du soleil levant
Du céleste éclat de rire
Dans le fol éclat de rien.

Henry Bauchau
 
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