Texte Libre

Réseau d'aide aux enfants en difficulté
Chroniques des derniers jours
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Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 20:01

Douze ans. Plutôt costaud avec même un léger embonpoint.

« - Mais je vais très bien. Je suis très heureux…. »

Et quand il le dit, tout grince en lui. Il évoque Valéry Larbaud, sa méchanceté à fleur de peau et qui disait pourtant : « Ne me secouez pas, je suis trop plein de larmes. C’est cela, « plein de larmes ». Et quand il rit ainsi, cela sonne faux. On le dirait prêt à partir en morceaux.

« - Je suis très bien. Cela va pour moi » répète t-il en boucle comme pour mieux se convaincre.

Et tandis qu’ainsi il me défie, il annule ma présence.

Non, cela ne va pas bien pour lui. Bagarres incessantes dans la cour. Crises de nerfs et coups quand interviennent les enseignants, dont on sent monter la tension.

« - Peuh, une fille, devant moi. Elle a reçu une gifle. Je lui dis, rends la. Elle dit non… »

Ce mépris dans sa voix. Une fille, pensez donc. Sa seule culture à lui ? La violence. Sûr de son bon droit. Il faut dire qu’il l’a appris très tôt. Des parents qui se déchiraient. Un père déchaîné tandis que la mère soutenait ses fils. Y compris contre la loi.

Il relate un incident dans la classe. Mains crispées, visage buté.

« - Moi, j’aime pas l’école… »

Et le répète en boucle.

« - Ce que je veux c’est rester au lit. Etre avec ma mère… »

Sa mère ? Il en parle trop. Un vrai bébé. C’est à cela qu’il fait penser malgré son grand corps adolescent. Un bébé irrascible qui ne peut supporter de ne pas, sans cesse, être gratifié.

Que va t-il devenir ? A la rentrée, le collège.

« - Moi, ce que je veux c’est rester tout le temps à la maison. Jouer à la guerre avec ma game boy. Je tue. Ou je suis tué. »

Par josephine - Communauté : changer le monde
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Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /Mai /2010 19:23

C’est vrai, lorsque j’évoque des difficultés scolaires persistantes, je ne soulève pas l’influence possible du maître de la classe. Et pourtant…. Elle est si importante.

Cependant, sur les écoles où j’exerce, je ne puis mettre en cause l’implication des enseignants. En fait, dans ces secteurs répétés difficiles, la majorité d’entre eux force mon respect. Comment font ils pour tenir au long des jours face à 25 enfants ? Certains trop agités, exigent de sans cesse se contenir. D’autres, par leurs échecs répétés, communiquent un sentiment de dévalorisation et d’impuissance…

Ces mêmes élèves, réputés difficiles, que je rencontre sur un temps limité, leurs maîtres en assument la responsabilité sur une journée.

Hier encore, Mathieu, 7 ans. Face à un bilan psychologique. Tous ces petits tests dans la mallette lui plaisaient tant qu’il fallait sans cesse lui rappeler les consignes, les limites aussi. Il acquiesçait, gentiment. Pour reprendre aussitôt son activité incessante : s’agenouiller sur la chaise, au risque de tomber, saisir tout ce qui était sur la table, parler sans discontinuer… Il nécessitait une attention constante, beaucoup de calme et de réassurance. A ce prix, il révélait une intelligence au dessus de la norme dont l’expression permettrait de valoriser cet enfant marginalisé par un comportement limite. Mais comment apprendre la confiance quand, sujet d’une histoire difficile, on se trouve balloté d’un foyer à l’autre ?

En fait, apaiser Mathieu m’épuisait.

J’ai  eu alors une pensée pour son maître qui avait su l’aider à trouver sa place, tout en gérant, dans le même temps, une petite fille autiste, un élève aux troubles comportementaux relevant du handicap… plus tous les autres, dont certains nécessitent une aide renforcée faute de quoi ils ne pourront acquérir les bases élémentaires du CP ?

Par josephine
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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 19:44

« - Mais qu’est-ce qui se passe ? Dis donc, cela n’a pas l’air d’aller ce matin… »

Traits tirés, mine défaite. Caro ne semble pas en forme. Elle qui affiche d’ordinaire dynamisme et bonne humeur. Et puis un  je ne sais quoi d’ensoleillé au fond des yeux…. Elle esquisse une ébauche de sourire, vite éteint :  

« - Je n’ai pas réussi à dormir. Là dessus,  crise d’angoisse. Je ne connaissais pas. Il a fallu prendre quelque chose et comme je n’ai pas l’habitude je suis complètement dans le cirage…. 

 

 

 

Il est bon ce matin de lui dire à quel point je l’estime, combien j’apprécie de travailler avec elle…. Et puis prendre le temps de s’asseoir, bavarder un peu devant une tasse de café.

Caro prend à cœur son travail de directrice et les fins d’année sont souvent difficiles. Une certaine tension est perceptible à l’approche d’échéances qui voient se cristalliser l’échec de certains enfants. Oui, malgré  REE, PPRE , malgré l’investissement des maîtres et le travail du RASED, certains enfants  résistent à entrer dans le moule scolaire. Défaut de capacités cognitives, sans doute insuffisamment sollicitées depuis la plus tendre enfance, parents absents, démissionnaires ou trop présents, qui envahissent l’école ou la fuient avec application, soucis affectifs trop prégnants, assises identitaires trop fragiles… 

Tandis que les CP et les CE1 ont des soucis face à la lecture, les plus grands jouent un peu trop avec la loi. La sixième est proche, l’adolescence aussi et les derniers évènements dans la cité ne prédisposent pas au calme…. 

Caro s’inquiète. Toutes ces situations qu’il a bien fallu porter. Et celles qui éclateront au troisième trimestre. Combien de temps encore parviendra t-elle à faire face ? Ne pourrait elle avoir une existence plus paisible, elle dont la porte est toujours ouverte pour un élève en crise ou un maître désemparé ?

« - Finalement, après la nuit que je viens de passer, je comprends maintenant ceux qui font une dépression… »

Positiver. Toujours.

Par josephine - Communauté : changer le monde
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 19:36

« - Maîtresse, viens voir ce qu’elle a fait ! »

D’ailleurs, cela ne marche pas avec ces derniers.

« - Avant, je pa’le, ils moquent moi et je pa’le pas. »

Oui, c’est vrai, au début Aminata était enthousiasmée. Une école où on ne bat pas les enfants, c’était fantastique pour elle fraîchement arrivée d’Afrique. C’était si bien. Elle voulait montrer son savoir.  Hélas, les autres sont parfois cruels surtout en découvrant des connaissances si limitées pour un CM2. Quant au langage, celui de cette jeune élève est difficilement compréhensible.

Pourtant, Aminata a été scolarisée. A l’école française d’une grande ville. Alors ?

Malgré tous les encouragements que je peux lui apporter, le bilan psychologique est très limité. Dans notre système, Aminata serait déficiente. Serait.

La vraie question est autre. Comment fait elle, cette préadolescente fraîchement débarquée dans un milieu dont elle n’a pas les codes (ni la langue) ? Comment fait elle elle qui arrive dans un nouveau foyer, entre un père quasi inconnu et une belle mère à découvrir ? Comment fait elle, alors que cette famille toute neuve erre d’un foyer d’hébergement à l’autre, tandis qu’elle même prend seule les transports en commun pour rester fidèle à sa nouvelle école ?

Aminata, sérieuse, charmante, élève appliquée et respectueuse qui s’épanouit dans la classe de CLIN où elle a trouvé sa place…..

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 20:04

 

« -  Un psychologue ? Pas question ! Mon enfant n’est pas fou ! »

Mais le plus souvent, mon intervention ne soulève que la plus plate indifférence.

Et bien, par extraordinaire, c’est Sophie qui ne paraît guère enchantée.

En fait, Bernard est un très bon élève. Que veulent ses parents ? Qu’ils réussissent encore mieux. Encore plus. Et ils lui mettent la pression en ce sens. A tel point qu’une scolarité au départ aisée, finit par tourner au problème.

Ainsi, à 16 heures, cet enfant n’en finit plus de copier les trois lignes qui résument les quelques  tâches à effectuer le soir. Il panique face à sa feuille, ses petites mains crispées sur son stylo.

A la maison se répète le même scénario. La copie est mal faite, il faudra la recommencer. A la moindre erreur, Bernard, 7 ans bientôt, doit copier des lignes d’écriture. Si bien que des exercices très simples pour cet enfant intelligent commencent à devenir cauchemard.

Sophie a bien essayé de faire entendre raison à ses parents. Elle n’en demande pas tant. Peine perdue.

Alors ? Le psychologue ?

Par josephine - Communauté : changer le monde
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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 20:39

Madame B. voudrait rencontrer un psychologue. Vraiment, avec sa fille elle n’arrive plus. Effectivement, la jeune maîtresse de Laura, 3ans, est également inquiète. Mais pour une autre raison

« - Hier, devant moi, elle a secoué violemment sa fille. Elle lui disait, si tu crois que je vais me gêner, même devant ta maîtresse, je vais t’en coller une.

 

Trop d’autorité tue l’autorité. Laura, une enfant pleine de vie, réagit en s’opposant. A tout propos et hors de propos.

Pour Rachid, la situation est à l’inverse. Ce mois ci, le bulletin est catastrophique. Le CE1 se termine et la lecture reste très approximative. Pourtant, Rachid est intelligent, comme l’a mis en évidence un récent bilan psychologique. Face à moi, le père de Rachid paraît désemparé

« - Vraiment, je ne sais plus que faire. Pourtant, je lui donne tout. Télé dans la chambre, game boy… Il a tout dans sa chambre. Quand on va dans un magasin, j’achète ce qu’il veut. … »

Et il ajoute après un silence

« - Mais il ne joue pas longtemps avec ses jeux. Il veut toujours autre chose… »

Et Monsieur A. continue, imperturbable. Sa femme lui dit bien d’être un peu plus sévère. Sa famille aussi d’ailleurs. Mais que voulez vous, son fils voudrait maintenant un ordinateur, il en a vu un, 4OO euros (et un seul salaire à la maison lequel ne doit pas être très élevé). En payant par petites mensualités, il pourra l’offrir à Rachid.

« - Et Rachid, il vous donne quoi lui ? « 

 Malgré sa femme, malgré sa famille et malgré sans doute mon air désapprobateur, Monsieur A. n’est pas mûr pour changer et pour se comporter en père. Rachid aura son ordinateur et bien autre chose encore. Comme ça. Pour rien. 

Fournir un effort ? Inutile. Il étouffe sous les biens de consommation que son père s’offre à lui même pour compenser sa propre enfance de gamin misérable.

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 19:50

Cécile, la directrice d’école, avoue son impuissance :

« - Tu comprends, avec Oualid, on ne sait plus que faire. Plus aucun travail scolaire. A dix ans, il se moque de tout. Il donne l’impression que tout glisse sur lui. Et puis insolent, défiant les adultes….

- Qu’en dit la famille ?

- Aucune aide de ce côté. Parents séparés, sa mère se dit complètement dépassée. Figure toi qu’elle demande à son fils aîné, dont il a peur, d’assurer l’autorité…. Quant à elle,  depuis le CP elle tient ce même discours, genre qu’est-ce que vous voulez, qu’est-ce que je peux faire….

- Avec le petit ton plaintif qui va avec ?

- Du coup, il a pris l’habitude de faire ce qu’il veut. Une après midi, il n’est pas venu à l’école tout en faisant croire à sa mère qu’il y était. Il ment très bien….

- Signe d’intelligence ? »

Difficile ici de proposer quelque chose tant le découragement de Cécile est propre à me contaminer. D’autant que l’école des Pervenches est un établissement bien géré, avec des projets novateurs et que l’enseignante de Oualid se distingue par son charisme et ses qualités professionnelles.

Alors, que proposer de plus ? D’autre ?


 

 

 

 


Par josephine - Communauté : changer le monde
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Le Prophète.

Mais vous,
enfants de l'espace,
vous les inquiets dans le repos
vous ne serez ni capturés
ni apprivoisés.
Khalil Gibran


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Quelque part ou ailleurs...

Une école dans l'Himalaya

A 4000 m d'altitude, où vivent les Dolpo pas, une ethnie thibétaine, voici une école différente. On la rejoint à pied, pour un périple de 3 semaines, loin de tout.
Cliquez sur la photo

Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants

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Coups de coeur

 

Dés le plus jeune âge, favorisez de bonnes lectures

 

  Un prophète. film de Michel Audiard.

L'enfer carcéral comme miroir grossissant, d'une mise en faillite des valeurs humanistes. Faillite d'une transmission  aliénée dans la violence immédiate, loi brutale et pervertie du plus fort sont en général plus cryptées dans nos sociétés. Pourtant, le même souffle traverse les films d'Audiard: le dur chemin d'un solitaire, capable de tracer savoie face à une figure paternelle imposant la soumission à sa loi mafieuse.(voir ou revoir à ce sujet "De battre mon coeur s'est arrêté")

 

Un récit poignant et sans concession, une histoire parmi d'autres,  ceux que le progrès et les "réformes" laissent au bord de la route. Pour en savoir plus:

 

http://www.alalettre.com/actualite/adam-alabriderien.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

WELCOME

Un film de Philipppe Lioret.

A Sangate, le sort des clandestins, livrés aux passeurs, traqués par la police. Qui leur vient à aide, par simple souci humanitaire, devient à son tour passible de poursuites judiciaires. Un film sobre et touchant, sans pathos... A voir

 

 

 

 

 

                  William T.VOLLMAN.

           Pourquoi êtes vous pauvres?


Romancier et journaliste, Vollmann est une grande figure de la littéraure américaine. Cette même question, il l'a posée à travers le monde.

Pour en savoir plus cliquer sur l'image




Boris PAHOR.

 

 

Né à Trieste en 1913, cet écrivain slovène est un témoin de notre siècle dont toute l’œuvre est traversée par l’ombre de ses trois totalitarismes : fascisme italien, nazisme et communisme yougoslave.  « Printemps difficile » l’a fait connaître en France. Dans ses nouvelles, tendres et poignantes,  des destins individuels témoignent de ce qui fut. D’une œuvre foisonnante, on retiendra surtout « Le pèlerin parmi les ombres » où l’ancien déporté revient au Struthof (aujourd’hui Mémorial européen) et se souvient. Un texte fort, comparé à ceux de Primo Lévi.




Boulevard périphérique. Henry Bauchau. Actes Sud. 2008


 

Ce livre a reçu le prix du livre Inter. Ecrivain et psychanalyste, son auteur aujourd’hui âgé de 95 ans, se rappelle un ami de jeunesse, compagnon de varappe, exécuté par les nazis dans le même temps où il rend visite à sa belle fille, atteinte d’un cancer.



Les écrits d’Etty Hillesum. Journaux et lettres 1941-43. Seuil.

 

Elle est juive. Elle vit à Amsterdam et choisit de partager le sort des siens : l’internement au camp de Westerborg et la déportation à Auschwitz où elle meurt en 1943. Ses textes demeurent pourtant une énigme : dans ces lieux ultimes  de la désespérance, Etty découvre un dialogue intime à une transcendance qui affirme, envers et contre toute apparence, l’inaltérable beauté du monde et de la vie. Une version plus courte « Une vie bouleversée », l’a fait découvrir en France.

 

Pour en savoir plus

 

Au fil des jours

Quelle vie peut se comparer à ceci
Assis paisiblement près de la fenêtre
Je regarde les feuilles tomber
Et les fleurs s'épanouir
Et les saisons aller et venir.
HSUESH-TOU (982-1052)


Que reste-t-il de nous deux à la fin,
Sinon peut être

Ce maigre feu de broussailles mal éteint
qui fume encore tout bas certains soirs
entre deux souches de saules gris et noirs,

derrière le petit bois de sureaux et de hêtres
enseveli par les lourds marais de Vieux Rhin
sous un linceul de lune, dans l'éternel brouillard.

Claude Vigée

Le président et le ministre

Envoyé par Marie José


Le Président  et le Ministre

LE PRESIDENT
Entrez-donc mon ami et venez prendre place
Afin de me conter ce qui vous embarrasse
La réforme est lancée, elle avance à grands pas
Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plait pas.
Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche
Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche.

LE MINISTRE
Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point
Voyez comme en ces temps je sais rester serein.
J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace

LE PRESIDENT
Allez contez moi donc  je ne tiens plus en place !

LE MINISTRE
J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes
Pour faire des élèves des besogneux sans âme.
Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir
Et n'auront plus de sens à donner au savoir ;
Voilà qui nous fera des citoyens dociles
Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles.

LE PRESIDENT
Fort bien, les programmes sont un bel artifice
Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.
Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir
Promettant des réformes, n'en disant que très peu,
Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs
Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !
Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce
Car je veux tout savoir !


LE MINISTRE
Voilà ce qui se passe :
Je commence par rayer en trois ans les RASED
Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide
Je laisse aux enseignants l'entière liberté
De s'occuper tous seuls de la difficulté.
Ils auront pour cela comme unique bagage
La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !
J'ai enlevé deux heures d'école par semaine
Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent :
On dit la journée de trop longue durée
Qu'il faudrait réformer notre calendrier
Et moi je vous dis qu'il en faut d'avantage
Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage !

LE PRESIDENT
C'est à n'en point douter une idée fort plaisante,
Le mérite sera la seule valeur payante !

LE MINISTRE
Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier
Je les envoie le faire à l'université.
Voyez l'inanité d'une bonne formation
Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions !
Cela vous plait-il ?

LE  PRESIDENT
Assurément je pense,
Mon humeur est ravie et elle est d'importance
Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées
Qui font toujours écho à l'actualité.
Mon caprice me met dans des emportements,
J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président,
Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas,
Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état,
Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère
Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire.
Des médias je me sers et grâce à mon emprise
Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,
Enfin, si j'utilise les services de la presse
C'est parce qu'aux yeux de tous il faut  que je paraisse.
Mais contez-moi encore votre train de mesures.

LE MINISTRE
De l'école en danger j'augmente la fêlure :
Il existe des classes que l'Europe nous envie
Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.
Il serait opportun de les faire disparaître
Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres
Qui ne font de leur temps que des couches changer
Et ne connaissent point les joies de la dictée.
Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses
Et il n'y aurait plus de maternelles en France !
Afin de remplacer les absences des maîtres
Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.
Si celui qui remplace se trouve être plombier,
La chaudière de l'école il pourra réparer,
S'il est mécanicien et connaît son affaire
Les voitures des collègues il pourra bien refaire,
Et si par de la chance il se trouve enseignant
Il pourra prendre en charge d'une classe les enfants !

LE PRESIDENT
Je reconnais bien là votre astuce admirable
Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !
Cette école qui veut faire des citoyens
Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien !
Oeuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince
Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!

 

Exercice du matin



Le matin sortant du fleuve
Sortant du lit débordé
Innocence de la terre
Au regard miraculé.
Exercice de l'éveil
Mage du soleil levant
Du céleste éclat de rire
Dans le fol éclat de rien.

Henry Bauchau
 
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