Texte Libre

Réseau d'aide aux enfants en difficulté
Chroniques des derniers jours
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 10:14
  • J'étais le feu

  • Tu étais la lampe

  • Qui a vendu la mèche?

            
    

          
    
Par josephine - Communauté : changer le monde
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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 10:15

 

Chaudement vêtue, bien chaussée, c'est toujours le même plaisir de se rendre au marché. Avec cette petite satisfaction supplémentaire. Sortir de chez soi, affronter le froid, les trottoirs verglacés....

« - Bonjour ma cousine! Elles ne sont pas chères aujourd'hui les tomates! »

C'est vrai qu'elles ne sont pas chères dans ce marché coloré, toujours très animé d'ordinaire mais déserté par ses habitués pour cause d'intempéries.

Tant mieux, les courses seront plus rapides. Demain neuf personnes à table, douze autres ensuite.... Je slalome en frôlant une première mendiante, assise à même le sol. Une deuxième ne m'émouvra pas davantage. Aujourd'hui, je suis pressée.

Le dernière, je ne puis l'éviter.

Son visage... son visage....

La douleur du monde, les blessures, non pas la seule pauvreté mais l'humiliation. Figure de la noire misère, de la désespérance....

Sur ses genoux dort un enfant, cinq ans au plus. Dort? Il a cette figure blême des gisants. Drogué sans doute.

A cette heure, il devrait être en maternelle, à jouer avec ses copains. Au delà des yeux clos, surgissent toutes ces frimousses réjouies des gamins de cité qui m'accueillaient il n'y a pas si longtemps, dans les classes. Bien au chaud. Eux.

Trois mendiantes sur le marché, trois femmes. Trois Roms.

Elles regagneront tout à l'heure les quelques planches des bidonvilles aux allées de boue que l'on aperçoit depuis le RER.

Venues de si loin, de quelle sinistre existence, pour que lui soit encore préférées les allées glacées de la mendicité. Où des mères vendent leur enfant pour survivre? Tandis que les nôtres... les nôtres...

Et nous? Et moi?

De quelle maladie est atteint le monde des hommes?

Qui saura jamais le guérir?

Un Président, le nôtre, a décrété que ceux là, ces Roms, menaçaient notre sécurité. Qu'il convenait de leur faire la chasse.... que lui allait s'y employer.

Oui, oui, chassons les Roms, ici aussi, dans cette ville des pauvres, où des gosses de dix ans, nos élèves, assistent à des assassinats juste après la classe, quand ils se font « guetteurs », quand on arrose de balles une école....

Sus aux Roms!

Quand Mediapart, Rue 89, ou le Canard Enchaîné révèlent chaque jour la corruption de ceux qui nous gouvernent et qui devraient être pour nous des modèles.

Par josephine - Communauté : changer le monde
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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 11:58

 

Dix sept heures. Le jour commence à tomber sur le jardin tout habillé de neige. Il plane dans la maison une odeur fine, singulière, des herbes sauvages mises à macérer pour la tisane. Tandis que tout respire la douceur alentour, je me remémore le rêve de cette nuit.

Un rêve récurrent, dont seule varie la forme. Je retourne en arrière, en ce temps d'avant où j'étais encore enseignante en maternelle. Je tente d'expliquer, en vain. Non, je ne suis plus enseignante, je suis psychologue, d'ailleurs je quitterai bientôt mon poste, la retraite n'est-ce pas...

Rien à faire, il me faut assurer la classe.

Mais je en saurai pas, je ne saurai plus....

Qu'importe! La mine piteuse de mes collègues achève de me convaincre, elles semblent épuisées, ma voisine surtout qui attend un bébé. Aurais-je donc le coeur de me dérober?

La bonne volonté ne suffit pas. Tout au long du rêve, j'erre en quête d'exercices, voyons, la personne que je suis censée remplacer a t-elle laissé des directives? Quel programme suivre? Où sont ses préparations afin que je puisse construire quelque chose de cohérent?

Et toujours ce sentiment d'être une sorte d'usurpatrice, les enfants vont perdre leur temps, avec moi ils ne pourront apprendre tant je ne suis pas à la hauteur d'une tâche depuis trop longtemps oubliée.

Sommée d'emprunter un rôle qui n'est pas ou plus le vôtre, n'est-ce pas finalement le versant factice de tous ces personnages dont nous nous croyons tenus d'endosser tour à tour les oripeaux? Enseignante, psychologue, mère, fille ou femme de, voisine, passante, brillante, timide, malicieuse, brune, « bon coup », irritable....

Un moment, juste un moment. Et après, de tout cela que restera-t-il?

Par josephine - Communauté : Formation continue
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 18:04

 

Avec chaque rentrée arrive aussi la lettre du ministre. Cette année elle s'intitule « Pacte de carrière ».

Qu'en termes élégants ces choses là sont dites!

Un phénomène qui s'accélère où l'inflation des mots dissimule l'indigence. Pire, la tromperie.

Ainsi:

«  Depuis la rentrée scolaire, chacun d'entre vous a la possibilité de formuler une demande de droit individuel à la formation sur la base d'un crédit de 20 heures par an, cumulable six ans dans la limite de 120 heures... »

Et, bien sûr, formation prise sur le temps de congé.

Ce DIF (droit à la formation) présenté comme une faveur. J'ai cru rêver!

Débutant à 18 ans, bac en poche, j'ai bénéficié d'une année complète, rétribuée, pour travailler un doctorat de psychologie, aboutissement de 6 années d'études où le temps libre n'existait guère tandis qu'il s'agissait de jongler entre faculté et obligations professionnelles.

En outre, comme j'avais enseigné sans formation préalable, j'ai dû bénéficier d'environ 5 mois de formation continue, assurée par l'éducation nationale.

J'ai aussi participé à diverses actions de formation pour des collègues enseignants ou psychologues... Prises sur le temps de travail comme le voulait la loi.

Alors? Quoi?

Mais ce n'est pas tout.

Confiante, voire plutôt naïve, les grands mots de ce courrier ont suscité une certaine méfiance. Ils cachaient autre chose. Ainsi:

«  Vous avez un désir ou un projet de mobilité? Dans chaque académie, les conseillers mobilité carrière auprès des DRH vous aident et vous accompagnent dans la définition du projet, soit à votre initiative, soit désormais de manière systématique après 15/20 ans d'exercice du métier »

C'est quoi ça? Mobilité? DRH?

Le Parisien du 17.11, page 10, publie un entrefilet: « Les fonctionnaires pourront être licenciés: baptisé réorientation professionnelle, ce décret(publié au Journal Officiel) prévoit qu'un agent de l'état qui refuserait trois offres d'emploi en remplacement d'un poste perdu dans le cadre d'une restructuration peut être mis à disposition et se retrouver alors sans rémunération, ni affectation, ni indemnité.... »

A bientôt! A Pôle Emploi!

Quoi? Je suis retraitée?

Comme si cela protégeait d'un retournement de situation. Existe -t-il aujourd'hui des engagements respectés? Des valeurs auxquelles on peut se fier?

Le monde bouge....

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 18:01

P1000439Ainsi se succèdent les tristes nouvelles, trop vite, si vite que l'on perd repères et assurances.

Suppression progressive des RASED, des postes enseignants, remaniements à tout va.

A présent notre retraite. Les collègues s'affolent un peu, ils aimeraient savoir mais, comme pour les rased, plus personne n'est en mesure de répondre à des questions fondamentales. Ainsi, à cette interrogation légitime, "comment vais je travailler l'année prochaine" succède "combien vais je recevoir si je pars en retraite cette année, la prochaine ou dans dix ans".

Impression qu'il n'y a plus de pilote dans l'avion, les divers responsables eux mêmes sont un peu à court et ne savent répondre...

Faillite des temps qui courent et ne savent plus comment freiner.

Et bien, moi, Joséphine, je viens juste de franchir cette porte trop étroite. Je n'aurai pas à me reconvertir,  comme dans ces rêves, parfois, où je me retrouve face à une classe, maladroite, incapable. Je ne sais plus enseigner puisque j'ai changé de métier.

Oui, quels bouleversements attendent encore ceux qui restent en poste...

Mais, l'entrée en retraite, n'est-ce pas aussi un grand changement?

A tous les niveaux....

C'est de cela et de la vie en général, ses petits faits, ses grands bonheurs, ses rencontres  et ses interrogations...

Oui, c'est de cela que j'essaierai de parler aussi.

Dans mon autre blog.

http://maretraitejelaime.over-blog.com/


Par josephine
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Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 10:17

 

Ils se donnent la main.

Ils se donnent la main, ils ont peur de se perdre, si ténus dans cette foule qui avance, eux aussi ils avancent, d'un pas lent, un peu perdus, avec cette fragilité que donne le grand âge, où l'on s'amenuise peu à peu avant de disparaître.

Tandis que, plus loin, on crie à perdre haleine: « Sarkozy t'es foutu, les jeunes sont dans la rue »....

Ils sont là, frêles et émouvants, ils ont quitté leur canapé et leurs murs familiers. Du temps qu'il leur reste, ils veulent faire quelque chose, oubliant le corps qui s'essouffle, les forces qui s'ankylosent et toutes ces bonnes raisons invoquées d'ordinaire.

Pour qui, pour quoi manifestent ils? Pour eux?

Ou pour ce tout petit, un nourrisson, que l'on devine à peine, emmitouflé, le nez sur la poitrine de sa mère?

Pourquoi être à ce point bouleversée devant leur cortège, long, interminable, la CGT qui défile en silence?

Ces deux anciens, main dans la main, cette toute jeune femme. Et puis, leurs visages. Oui, c'est cela, tous ces gens, leur visage, leurs corps aussi.

Le corps. Vibrante mémoire. De tous ces corps rassemblés, corps et vie malmenés, s'exhale un trop plein de souffrances. Inutiles les paroles. Pénibilité, soucis et fins de mois. Il parle trop le corps des humbles, il se déchiffre comme un livre.

Elle n'est pas nouvelle, la conscience de cette faille entre l'apparence des gens simples et celle des « bourgeois ». Plus sensible encore chez la femme car plus soucieuse, et plus dépendante de son physique.

Et là, soudain, ce trop plein me saisit à la gorge. Si profond qu'il donnerait envie de pleurer.

C'était donc cela? La CGT?

Celle que dans certains milieux on abomine?

Sur le boulevard, un Caucasien plante son regard dans le mien.

Sa maison, une cabine téléphonique.

Il y dort recroquevillé sur le fauteuil improvisé de ses sacs poubelles. Le lit fauteuil sur des sacs empilés. Et sur l'étagère où trônait l'annuaire, des Tuperware, son garde manger.

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Mercredi 13 octobre 2010 3 13 /10 /Oct /2010 10:25

 


Paris. Paris la belle, la hautaine.

Tes ciels en majesté, tes immeubles aux nobles façades. Droits. Alignés.

Deux mondes, au sortir des cités.

Tes fenêtres aujourd'hui refermées, froides, réprobatrices. Apeurées.

« La rue » est dans la rue.

Tout voir, tout entendre, quelle vie jaillissante. Marcher. Vite. Sans entraves.

Partout des fleurs déployées, rouges, oranges, bleues ou multicolores, leurs corolles habillées de sigles un peu barbares: CGT, CFDT, FO, Sud, CFTC, FSU, CNT....

Certains déjà un peu las. Attendre. Piétiner....

D'autres vibrants d'énergie contagieuse. Envie de rire, de danser...

Montparnasse. Une soudaine bourrasque fait chanter les banderoles, soulève en tourbillon l'écume blanche des tracts qui tapissent le sol.

Femmes, jeunes, retraités, paysans, enseignants, ouvriers... Ceux qui attendent la révolution, l'utopie d'un autre monde ou l'avènement d'un ordre nouveau, toujours prompt à les dépasser.... Et ceux qui, plus prosaïques, appréhendent la fin du mois. Ou la lente dégradation de l'âge, rendu plus incertain par les récentes « réformes ».

«  Déjà, en la saison mauvaise, on se passait de souper quelquefois

Comment allons nous faire? » écrivait autrefois notre bon vieil Hugo.

«  Laissez fermer les portes, il y a déjà assez de bordel comme ça » disait aux voyageurs entassés un conducteur de métro, non gréviste, et partisan de l'ordre. Le bon ordonnancement des choses, oui.

A condition que soudain jaillisse ce bouleversement, cette fine ligne de vie qui nous relie, tous différents, tous unis, solidaires, enfin, dans un même rejet.

« Les jeunes dans la galère

Les vieux dans la misère

De cette société là

On n'en veut pas »

Et même si le monde retombera, et la vie, et l'espoir. Demeurera ce moment.

Qui n'a pas connu cette fine joie des manifestations, fatigue du corps et coeur content....

« Tous ensembles, tous ensembles.... »

Et l'élan qui aussitôt va suivre: «  Grève, grève »?

Peu importe, il pourrait aussi se dire: « Ouais, ouais »

Un gigantesque « oui » à la solidarité. Une vraie.

« Rêve général »?

 

 

 

 

Par josephine - Communauté : Femmes Engagées
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Le Prophète.

Mais vous,
enfants de l'espace,
vous les inquiets dans le repos
vous ne serez ni capturés
ni apprivoisés.
Khalil Gibran


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Quelque part ou ailleurs...

Une école dans l'Himalaya

A 4000 m d'altitude, où vivent les Dolpo pas, une ethnie thibétaine, voici une école différente. On la rejoint à pied, pour un périple de 3 semaines, loin de tout.
Cliquez sur la photo

Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants

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Coups de coeur

 

Dés le plus jeune âge, favorisez de bonnes lectures

 

  Un prophète. film de Michel Audiard.

L'enfer carcéral comme miroir grossissant, d'une mise en faillite des valeurs humanistes. Faillite d'une transmission  aliénée dans la violence immédiate, loi brutale et pervertie du plus fort sont en général plus cryptées dans nos sociétés. Pourtant, le même souffle traverse les films d'Audiard: le dur chemin d'un solitaire, capable de tracer savoie face à une figure paternelle imposant la soumission à sa loi mafieuse.(voir ou revoir à ce sujet "De battre mon coeur s'est arrêté")

 

Un récit poignant et sans concession, une histoire parmi d'autres,  ceux que le progrès et les "réformes" laissent au bord de la route. Pour en savoir plus:

 

http://www.alalettre.com/actualite/adam-alabriderien.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

WELCOME

Un film de Philipppe Lioret.

A Sangate, le sort des clandestins, livrés aux passeurs, traqués par la police. Qui leur vient à aide, par simple souci humanitaire, devient à son tour passible de poursuites judiciaires. Un film sobre et touchant, sans pathos... A voir

 

 

 

 

 

                  William T.VOLLMAN.

           Pourquoi êtes vous pauvres?


Romancier et journaliste, Vollmann est une grande figure de la littéraure américaine. Cette même question, il l'a posée à travers le monde.

Pour en savoir plus cliquer sur l'image




Boris PAHOR.

 

 

Né à Trieste en 1913, cet écrivain slovène est un témoin de notre siècle dont toute l’œuvre est traversée par l’ombre de ses trois totalitarismes : fascisme italien, nazisme et communisme yougoslave.  « Printemps difficile » l’a fait connaître en France. Dans ses nouvelles, tendres et poignantes,  des destins individuels témoignent de ce qui fut. D’une œuvre foisonnante, on retiendra surtout « Le pèlerin parmi les ombres » où l’ancien déporté revient au Struthof (aujourd’hui Mémorial européen) et se souvient. Un texte fort, comparé à ceux de Primo Lévi.




Boulevard périphérique. Henry Bauchau. Actes Sud. 2008


 

Ce livre a reçu le prix du livre Inter. Ecrivain et psychanalyste, son auteur aujourd’hui âgé de 95 ans, se rappelle un ami de jeunesse, compagnon de varappe, exécuté par les nazis dans le même temps où il rend visite à sa belle fille, atteinte d’un cancer.



Les écrits d’Etty Hillesum. Journaux et lettres 1941-43. Seuil.

 

Elle est juive. Elle vit à Amsterdam et choisit de partager le sort des siens : l’internement au camp de Westerborg et la déportation à Auschwitz où elle meurt en 1943. Ses textes demeurent pourtant une énigme : dans ces lieux ultimes  de la désespérance, Etty découvre un dialogue intime à une transcendance qui affirme, envers et contre toute apparence, l’inaltérable beauté du monde et de la vie. Une version plus courte « Une vie bouleversée », l’a fait découvrir en France.

 

Pour en savoir plus

 

Au fil des jours

Quelle vie peut se comparer à ceci
Assis paisiblement près de la fenêtre
Je regarde les feuilles tomber
Et les fleurs s'épanouir
Et les saisons aller et venir.
HSUESH-TOU (982-1052)


Que reste-t-il de nous deux à la fin,
Sinon peut être

Ce maigre feu de broussailles mal éteint
qui fume encore tout bas certains soirs
entre deux souches de saules gris et noirs,

derrière le petit bois de sureaux et de hêtres
enseveli par les lourds marais de Vieux Rhin
sous un linceul de lune, dans l'éternel brouillard.

Claude Vigée

Le président et le ministre

Envoyé par Marie José


Le Président  et le Ministre

LE PRESIDENT
Entrez-donc mon ami et venez prendre place
Afin de me conter ce qui vous embarrasse
La réforme est lancée, elle avance à grands pas
Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plait pas.
Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche
Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche.

LE MINISTRE
Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point
Voyez comme en ces temps je sais rester serein.
J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace

LE PRESIDENT
Allez contez moi donc  je ne tiens plus en place !

LE MINISTRE
J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes
Pour faire des élèves des besogneux sans âme.
Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir
Et n'auront plus de sens à donner au savoir ;
Voilà qui nous fera des citoyens dociles
Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles.

LE PRESIDENT
Fort bien, les programmes sont un bel artifice
Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.
Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir
Promettant des réformes, n'en disant que très peu,
Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs
Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !
Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce
Car je veux tout savoir !


LE MINISTRE
Voilà ce qui se passe :
Je commence par rayer en trois ans les RASED
Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide
Je laisse aux enseignants l'entière liberté
De s'occuper tous seuls de la difficulté.
Ils auront pour cela comme unique bagage
La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !
J'ai enlevé deux heures d'école par semaine
Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent :
On dit la journée de trop longue durée
Qu'il faudrait réformer notre calendrier
Et moi je vous dis qu'il en faut d'avantage
Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage !

LE PRESIDENT
C'est à n'en point douter une idée fort plaisante,
Le mérite sera la seule valeur payante !

LE MINISTRE
Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier
Je les envoie le faire à l'université.
Voyez l'inanité d'une bonne formation
Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions !
Cela vous plait-il ?

LE  PRESIDENT
Assurément je pense,
Mon humeur est ravie et elle est d'importance
Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées
Qui font toujours écho à l'actualité.
Mon caprice me met dans des emportements,
J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président,
Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas,
Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état,
Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère
Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire.
Des médias je me sers et grâce à mon emprise
Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,
Enfin, si j'utilise les services de la presse
C'est parce qu'aux yeux de tous il faut  que je paraisse.
Mais contez-moi encore votre train de mesures.

LE MINISTRE
De l'école en danger j'augmente la fêlure :
Il existe des classes que l'Europe nous envie
Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.
Il serait opportun de les faire disparaître
Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres
Qui ne font de leur temps que des couches changer
Et ne connaissent point les joies de la dictée.
Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses
Et il n'y aurait plus de maternelles en France !
Afin de remplacer les absences des maîtres
Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.
Si celui qui remplace se trouve être plombier,
La chaudière de l'école il pourra réparer,
S'il est mécanicien et connaît son affaire
Les voitures des collègues il pourra bien refaire,
Et si par de la chance il se trouve enseignant
Il pourra prendre en charge d'une classe les enfants !

LE PRESIDENT
Je reconnais bien là votre astuce admirable
Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !
Cette école qui veut faire des citoyens
Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien !
Oeuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince
Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!

 

Exercice du matin



Le matin sortant du fleuve
Sortant du lit débordé
Innocence de la terre
Au regard miraculé.
Exercice de l'éveil
Mage du soleil levant
Du céleste éclat de rire
Dans le fol éclat de rien.

Henry Bauchau
 
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